Lettre ouverte à Madame Sleiman, Première Dame du Liban

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Madame,

Je suis étudiant libanais à Paris, j’ai eu l’honneur de faire partie de la délégation que vous présidiez à Tunis en Novembre 2010 à la conférence des droits de la Femme Arabe, et comme plusieurs j’ai fiévreusement applaudi votre discours prônant et défendant les droits de la Femme dans ce coin du monde. Vous considérant comme l’emblème institutionnel de la Femme libanaise, c’est à vous que je m’adresse, même si votre mandat touche bientôt à sa fin, peut-être mes propos résonneront dans les coulisses féminins.

Madame, il est vrai qu’en vous écrivant je me retrouve d’ores et déjà dans  une situation compromettante : un homme prêchant à la Première Croyante sur un sujet annexé dans les annales du quotidien. Pourtant Madame, chaque fois que l’humiliation et parfois même le sang des femmes de notre pays font l’entête des journaux et la une des média, j’ai honte et me demande qu’est ce qu’il manque encore aux libanaises, connues pour leur fort tempérament, de prendre les choses en main. Faudra-t-il attendre qu’à l’image de Beyrouth mère, nos dames se retrouvent sans foi ni espoir, et que surgissent des extrémistes qui noieront vos revendications dans du politiquement incorrect ?

Ne pensez vous pas qu’il est temps que vous dirigiez les femmes du Liban vers une révolution tant attendue ? Ne croyez vous pas qu’il est temps d’imposer vos droits qu’aucune loi ne prévoit encore ? N’est il pas temps que deux libanaises jouissent de droits égaux même si elles sont de rites différents ?

Vous ne menez pas votre combat seule Madame, tout homme digne de l’éducation d’une mère libanaise demeure indigné et révolté face aux injustices commises à votre égard et en son nom.  Ces hommes, même si écrasés par une minorité retentissante de par sa misogynie croient en une société où le sexe ne différencie que biologiquement.

Toutefois, ce ne sont pas les hommes qui lanceront les manifestations pour vous, ils le feront avec vous certes, mais admettons que, du côté de chez nous, les droits de la femme ne sont pas, hélas, une affaire d’hommes. Heureusement d’ailleurs, notre Parlement et même nos gouvernements à majorité masculine ne peuvent pas vanter leur efficacité.

Madame, si vous invitiez chaque grand-mère, mère, fille, sœur, copine, fiancée ou amie à cesser d’être Femme pour un jour,  un seul, si vous décidiez toutes de faire la grève à notre société faussement machiste,  je crois Madame que non seulement vous feriez voter vos droits, mais vous pourriez même diriger notre pauvre Liban à bon port.

Nous sommes tous fruits de Femmes, et « ce que Femme veut, Dieu le veut »

Veuillez croire, Madame, en mes sentiments les plus respectueux.

Mario Macaron

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3 réflexions sur “Lettre ouverte à Madame Sleiman, Première Dame du Liban

    Gemma Daou a dit:
    18 février 2014 à 15:27

    Belle lettre, merci beaucoup…
    Mais pas du tout d’accord sur la déresponsabilisation des hommes de manière rapide dans la révolution, les hommes doivent participer directement au lancement des manifestations en solidarité, et non pas soutenir en sympathisant uniquement, cela doit être une affaire d’homme aussi, dès le départ d’œuvrer pour la libération des femmes … et aussi que la différence sexuelle n’est simplement biologique, elle est réelle et sur cette base il nous faudra travailler pour imposer les droits des femmes, des droits qui tiennent compte de cette ‘différence biologique’ qui n’est pas du tout un détail… Nous devons nous révolter, oui, mais cela ne tient pas qu’à faire un appel aux femmes simplements qui sont responsables de leur sort oui et de l’avenir qu’elles espèrent mais je crois que Madame Sleiman devrait faire appel aux hommes, comme vous qui le faites si bien, pour encourager les femmes au quotidien, de manière continue, de se tenir prêt pour lutter de manière égale à la libération de leur moitié, afin qu’elles puissent se révolter sans perdre leur vie sous les menaces de violence et d’oppression pour éviter de laisser un pays orphelin…car il l’est déjà des hommes et femmes martyr(e)s pour la patrie. Encourager les femmes, les soutenir…ouvrir les portes du dialogue, et céder la moitié du pouvoir oui, et non pas déresponsabiliser les hommes en se basant sur l’image du gouvernement inefficace! Tous les hommes ne sont pas à l’image de notre gouvernement et chaque homme est responsable et doit s’engager non moins que chaque femme dans cette révolution pour le changement. C’est seulement ainsi en libérant la belle moitié des libanais que le gouvernement pourrait devenir représentatif de la réalité de citoyens et dépasser de cette représentation plutôt mélodramatique qu’effective.
    Un grand merci pour votre initiative!

    Nayla a dit:
    18 février 2014 à 17:32

    Chapeau….Je n’a jamais lu quelque chose d’aussi beau, venant d’un libanais…L’étranger nous enseigne beaucoup… Vous faite partie de ces personnes qui joignent le meilleur du Liban au meilleur de l’occident…bravo…Ne changez jamais…

    […] following Open Letter was first published in French on Beryte by Mario Macaron. With his permission, I have translated it into English and republished it here. […]

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