Être Libanais, ça nous va super bien.

Gisele Jaafar –

Le Liban est un amas de terre, localisé quelque part sur cette planète bleue, à la surface duquel errent environ 4 millions d’Adam et Eve. Cet attroupement de primates quasi-évolués est, d’après ses résidants, une véritable civilisation moderne… N’importe quoi ! Il y a surement parmi vous deux ou trois esprits dont le degré de patriotisme est irritant, irritable et poussé aux extrêmes, notamment la bonne fille de famille qui sent toujours le jasmin, l’ambitieux jésuite qui veut être le premier président libanais à avoir de l’acné et le chouchou des profs qui se faisait battre dans le bac à sable jusqu’en terminal. C’est pour ces quelques individus que je tiens absolument à préciser que ce passage n’a rien de sérieux, de posé, de réfléchi ou de sage. Sur ce, je commence. A priori, il est impossible d’ignorer le fait qu’un libanais refuse, mais alors là il s’agit d’un refus unanime et incontestable, de retenir son hymne nationale. Qu’il s’agisse des sportifs dans nos équipes officielles ou de nos politiciens, de nos parents ou de notre génération ; on tombe tous dans le même cas de figure. Hop, l’hymne nationale passe pour lancer le début de l’événement auquel on assiste. Tous debout, le dos droit, le buste glorieusement relevé, les sourcils froncés en signe d’admiration et d’émotion, l’abdomen tiré pour faire costaud comme si on allait en guerre d’un moment à l’autre… Et là, haut et fort, avec détermination et conviction : « Koullouna lil-watan, lil’oula lil-‘alam Mil’ou ayn iz-zaman, saifuna wal kazam (de plus en plus bas, personne ne sait d’où est sorti le nain en fin de verset) Sayfouna… anh la2 sahlouna wal jabal, manbitoun lil rijal (en regardant son voisin et en lisant sur ses lèvres) … (Parce que là, même le voisin ne sait plus, du coup on enchaine avec le reste de la foule dans une série d’onomatopées qui riment avec « rijal ») …. kamaaal. Et on recommence… et on reprend confiance Koullouna lil-watan, lil’ula lil-‘alam Koullouna lil-watan » Le meilleur c’est que personne ne prend le risque de faire passer plus que ces premières minutes de l’hymne nationale, d’ailleurs plus l’occasion est prestigieuse plus l’hommage à la nation est court. Normal…C’est très perturbant de voir de grandes personnalités tenter de deviner les versets de l’hymne et de sans cesse galérer pour rattraper le rythme. Du coup, on évite tout ça. C’est plus simple, et c’est surtout plus « safe ». D’autant plus, qu’on a notre propre version du code de la route. Notamment lorsqu’il s’agit des feux plantés au niveau des intersections un peu partout a Beyrouth. Vert : « ‘aliiiiiii3 » Orange : « ‘assraaaa3 » Rouge : « la a*re » Et ça ne s’arrête pas là, on insiste toujours à rouler à 100 à l’heure ; le BB et la clope dans la main droite, le gros sac MC Do dans la main gauche, en essayant de garder, à la fois, la caisse sur la bonne voie et de viser le tonneau de Sukleen de l’autre côté de la route. On n’y réussit jamais, n’empêche que demain on va retenter exactement la même chose ; un pari toujours déclenché par le fameux « Bet charit miit dollars ? ». Et ça continue, et ça continue ; entre les Bimbos plastiques qu’on croise à chaque coin de rue, gonflées de partout on se demande comment elles font pour ne pas exploser ces bonnes femmes, et les « wazawiz » qui se déplacent toujours par clans, dans des BMW noires ou rouges, « modil 84 », aux vitres fumées avec Georges Wassouf en volume « maximol », on se croirait dans un cirque. Le plus grand comble de la société libanaise, et on va s’en arrêter là parce que sinon on n’en finira pas, c’est que tous les males de notre communauté se ventent, après chaque soirée, de s’être faits 4 libanaises et demi. Et pourtant, toutes –je répète- TOUTES les libanaises sont vierges. Et il n’est absolument pas question de réexaminer l’authenticité des prétentions de ces jeunes demoiselles. Elles sont toutes pures et posées, de vraies conservatrices, des blanches neige du tiers monde qui attendent sagement leurs beaux princes charmants…de quoi satisfaire leurs papas et de quoi honorer leurs maris…sauf que Blanche Neige vivait avec sept bonhommes, on n’a franchement plus l’âge de croire qu’ils ont passé leur temps à astiquer le parquet avec les cerfs, à étendre le linge avec les oiseaux, à chanter des chansonnettes avec les lapins et à refaire les lits avec les oursons…justement ils étaient défaits les lits au nom de Dieu! Mais malgré tout…on aime bien ce qu’on est…tout bêtement parce que si on avait été différent, on n’aurait pas été libanais. Et être libanais, ça nous va super bien !

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