Entre Célibat et Mariage : Le Mariage de Jouissance

Hala Rouphael –

Gandhi l’a bien dit, ‘ il y a autant de religions, que d’individus ‘. Les plus croyants d’entre vous penseraient tout bas « il ne s’agit que d’une autre perte de temps que de débattre l’existence de Dieu ».  Aussi tentés que vous puissiez l’être de tourner la page, vous aurez la curiosité -je l’espère- de jeter un coup d’œil sur les quelques lignes qui suivront, et le soulagement de découvrir qu’il ne s’agit pas de palabrer d’une autre question existentielle, mais simplement d’élucider une notion qui pour la plupart demeure inconnue, vague, inconsistante, répugnante ou encore envieuse, captivante. Le mariage de plaisir (dit encore temporaire, ou Mutaa) a admis, et admet toujours autant d’avis, d’explications, d’origines, de critiques que d’individus ; une notion qui, on aurait pu le croire, ne se veut que religieuse.  Pour ceux qui l’ignorent – et ceux qui prétendent s’y connaitre mais alors qu’en fait ne saisissent rien– le mariage de plaisir est une institution qui concerne une partie des musulmans et qui consiste à permettre à  un homme et une femme de s’unir pour un certain temps, temps qui peut s’étendre sur des heures, des jours, des mois… Ce mariage peut être directement consommé et ne doit pas nécessairement être officialisé. Ses conditions sont telles que la femme doit être majeure et célibataire, divorcée ou veuve. Contre ce mariage, l’homme donne une somme d’argent à la femme, somme connue dans l’islam comme étant le maher.
À vous juristes, c’est la concrétisation même d’un contrat consensuel à durée déterminée, contrat dont l’objet est discutable, la cause contestable. Et il est à la charge de chaque juriste qui se respecte de retourner à la source, de se référer aux textes.
Il ne fait pas de doute que ce concept vit le jour dans des circonstances contraignantes ou les arabes voyageaient beaucoup, et durant longtemps ; et que les besoins sexuels étaient considérés comme nécessaires et légitimes pour l’homme.
Mais toute la polémique de ce mariage de plaisir débuta avec l’interprétation d’une sourate du Coran : « et en outre il vous est loisible en employant vos biens de rechercher (des femmes) en honnêteté, mais non en libertinage : mais pour ce que vous avez tiré comme jouissance d’elles donnez-leur leur salaire conformément à votre devoir. »
Alors que pour les chiites, ce verset renvoie explicitement au mariage de plaisir, pour les sunnites il ne s’incruste que dans le contexte du mariage ordinaire.
Il ne fait pas de doute aussi que ce type de contrat, dirai-je mariage avec beaucoup de réticence, était appliqué couramment dans la pratique par les musulmans.
Ce type de mariage ne fut pas explicitement rejeté dans le Coran, mais les Sunnites- contrairement aux chiites- admettent que le prophète le prohiba dans la sunna « Que ceux qui ont épousé des femmes désireuses de pratiquer le mariage temporaire, qu’ils les libèrent ».
La dernière étape au centre de la controverse se situe avec le calife Omar ibn al-Khattab qui l’aurait interdit : Pour les chiites, ce dernier n’aurait ni l’autorité ni le pouvoir de le censurer, alors que pour les Sunnites, le mariage de plaisir est désormais condamné.

Pleins de points d’interrogation s’érigent alors, pour une personne, d’un point de vue externe, et avec toute objectivité, pour savoir pourquoi on a l’impression que les chiites se sont limités à adopter  des sources, uniquement ce qui semble favorable à ce mariage. Il s’en suit aujourd’hui que, seuls les chiites, et précisons, une partie des chiites uniquement, pratiquent ce que l’on appelle le mariage de jouissance.
Théoriquement et historiquement, si ce mariage aurait pu être justifié par le mode de vie que menaient les arabes, par des raisons sociales, et par la pression subie par les chiites suite aux massacres dont ils furent victimes; la question se pose aujourd’hui de savoir si, théoriquement, ce mariage est toujours valable, et si, pratiquement, il est conforme à sa destinée principale ?
Il est un fait que cette institution est considérablement critiquée, interprétée comme étant une couverture religieuse à la prostitution, mais aussi comme allant à l’encontre de ce que le mariage est en tant que tel, dans toute sa sacralité que ce soit dans le coran ou dans l’évangile ; et cela à juste cause : le mariage est cette institution qui nait de l’amour, de l’envie de fonder une famille et de la détermination de rester ensemble pour le meilleur et pour le pire jusqu’à la mort. La question semble légitime alors : Comment associer mariage et temporaire dans une même phrase ? Pourquoi utiliser l’institution du mariage pour simplement, et je redis simplement, entretenir des relations sexuelles ? Ne semble t-il pas approprié de parler alors d’hypocrisie ? Mais aussi, si le maher normalement payé dans le cas du mariage ordinaire est tout à fait légitime, dans le cas du mariage de jouissance, le prix de quoi exactement l’homme paye t-il la femme ? Il est aussi un fait que pratiquement, une partie des chiites a dévié le recours à cette institution de son but initial. Mais il est aussi un fait que si les raisons anciennement existantes ne trouvent plus vocation à s’appliquer, d’autres raisons font aujourd’hui surface. À ce stade, soulignons cela : Tout ce qui a précédé concernait exclusivement l’explication –et la critique- de la légitimité de cette forme de soit disant mariage. Ce qui suivra touche à une tentative d’expliquer pourquoi la pratique y recourt.
Si l’église interdit explicitement les relations sexuelles en dehors du mariage, aller à l’encontre de cette recommandation constitue chez les croyants un péché qui n’est punissable que par la relation qu’ils entretiennent avec leur Dieu, et chez les non croyants, eh bien rien !
Chez les musulmans les choses sont différentes : la religion est la loi et la loi la religion ; et aller à l’encontre des recommandations de l’islam n’est pas uniquement haram mais il s’agit aussi d’une infraction à la loi. Dans cette lignée, les relations sexuelles en dehors du mariage sont interdites par les textes, mais encore plus, et dans certaines sociétés, de simples gestes intimes entre deux personnes de sexe opposé –bien que cette précision puisse être inutile étant donné la réalité des choses – sont perçues comme aberrantes, graves et ignobles. Par conséquent, on comprend plus pourquoi de jeunes musulmans, ou des musulmanes veuves ou divorcées ressentent le besoin d’user de ce superflu qu’est le mariage de plaisir, uniquement pour vivre – normalement dirai-je – dans la société d’aujourd’hui.

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