LES AFFICHES DES LEADERS POLTIQUES, OUTIL DE PROPAGANDE OU REPRESENTATION SINCERE DE L’IMAGE?

Andréa Noujeim –

Qu’il soit cheikh, sayyed, beik, estez, za’im, général, hakim…(les titres ne manquent pas), le leader libanais a toujours eu une place prépondérante dans la vie politique. Des supporters très fidèles ont même changé complètement de courant allant jusqu’au bout (du gouffre, peut être) pour leur za’im.

Ce phénomène de za’ama politique est profondément enraciné dans l’Histoire du Liban. Arnold Hottinger définit le za’im en 1966 dans son livre zu’ama in historical perspective comme étant le leader qui possède le soutien d’une communauté locale et qui protège, du moins en apparence, les intérêts de ses « supporters ». Cette définition est en quelque sorte le prologue au clientélisme politique qui deviendrait malheureusement par la suite, un des piliers (d’argile) de la vie politique libanaise.

Cette admiration aveugle, ou presque, du leader politique est nourrie en partie par l’image que ce dernier entretient, notamment à travers les posters et affiches qui ont pris un grand essor durant la guerre civile libanaise puisque le leader politique est devenu sous les tirs et les obus un héros mythique, protecteur de sa communauté. Dans cet article, nous parlerons de trois hommes qui sont venus à de différentes étapes de la guerre mais qui ont chacun changé le cours de l’histoire du Liban: Kamal Joumblat, Bachir Gemayel et Moussa al-Sadr. L’égyptien Gamal Abdel Nasser, populaire chez les sunnites lors de la guerre, ne sera pas mentionné dans cet article puisqu’il n’est pas un leader libanais.

Kamal Joumblat

Sur ce poster, nous remarquons une citation que Joumblat lui-même avait dite pour honorer les martyrs du Parti Socialiste Progressiste. Après son assassinat le 16 Mars 1977, ses admirateurs considèreront ces mots comme prémonitoires de son destin héroïque. De plus, il semble quitter le fond noir de l’affiche pour se diriger vers le fond bleu ciel représentant ainsi le début d’une vie nouvelle. Nous pouvons dire aussi que c’est le symbole de la continuité du chemin et donc du combat pour tous les druzes.

La représentation de Joumblat sur d’autres posters, quoique différente de la représentation traditionnelle d’un leader de gauche qui va plus dans le sens de la force et de la révolte, esquisse parfaitement le caractère du leader pour beaucoup de ces admirateurs: calme, humble, beaucoup plus intellectuel que soldat. Dans une société patriarcale où la force physique semble un pré-requis pour un leader, Joumblat aurait su s’imposer en tant que l’unique leader de sa communauté et en tant qu’un leader populaire dans les milieux de gauche.  Zeina Maasri nous révèle d’ailleurs dans son livre Off the Wall que Joumblat est la personne la plus commémorée sur les posters politiques de la Guerre Civile Libanaise.

Bachir Gemayel

Assassiné trop tôt pour beaucoup de Libanais, notamment des chrétiens, le nouvellement élu président de la République Bachir Gemayel représentait l’espoir ultime pour le Liban. Cette photo prise lors de son élection peut toujours être trouvée dans les rues d’Achrafieh. Après sa mort le 14 septembre 1982 et le désespoir que sentirent beaucoup de gens, ce poster a pris un sens totalement différent: on avait besoin de rappeler aux gens que Bachir voulait voir la bataille continuer à travers eux. Les mains qui le soutiennent dans la photographie sont devenues les mains qui soutiennent la cause, qui rentrent dans la continuité du combat.

Il était tout autant normal de trouver le poster de Bachir dans la salle de séjour d’une famille que dans la poche d’un combattant LF. A travers cette fameuse photographie et beaucoup d’autres posters qui suivirent, Bachir Gemayel s’est imposé dans les foyers et les cœurs chrétiens qui ne pourront donc plus oublier ce jeune leader militaire et politique charismatique qui faisait des discours en arabe libanais, qui s’habillait simplement. En gros, un leader «accessible» auquel se sont identifiés beaucoup de personnes en crise d’identité.

Moussa el-Sadr

L’Imam Moussa el-Sadr était entre autre un activiste particulièrement sensible aux besoins sociaux de la communauté chiite qui vivait en majorité au Sud du Liban, dans la Békaa et dans la banlieue de Beyrouth, trois régions relativement pauvres et négligées par l’état libanais. Quoique très attaché à sa communauté, il recherchait toujours le dialogue intercommunautaire au Liban. Dans un geste symbolique, il fera un discours dans une cathédrale à Beyrouth quelques mois avant le début des violences devant une audience de chrétiens et de musulmans. Sa mystérieuse disparition le 31 Août 1978 en Lybie a posé de nombreuses questions demeurées sans réponse.

Ceux qui ont connu l’Imam parlent souvent de son calme presque mystique, de son éloquence, de son charisme. Ces traits sont visibles sur ce poster qu’on peut toujours trouver dans les quartiers chiites de Beyrouth. On se demande même si l’Imam n’aurait pas gagné plus d’influence après sa disparition.

Ces posters et tellement d’autres placardés sur les murs criblés de Beyrouth ont en fin de compte atteint leur but puisque longtemps après leur mort, nous parlons toujours de Joumblat, Gemayel et el-Sadr. Cet article en est la preuve parfaite!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s