« Avec des jupes, où voulez-vous qu’on aille ? »

Alors que le projet de loi sur la violence domestique contre la femme est charcuté dans les « cuisines » parlementaires, les associations et les mouvements féministes cherchent – en vain dirait-on – à mobiliser la société civile. Que ce soit dans les rues, dans les journaux ou sur les petits écrans, les campagnes publicitaires à titres chocs n’en manquent pas.
Mais entre les députés – représentants d’un seul sexe – et les hommes religieux – source de la plupart des maux de notre société -, le chemin vers l’égalité des sexes est long et contraignant.
Ces deux facteurs ne sont pas les seules causes de stagnation de la situation de la femme au Liban. Un troisième facteur que la majorité des femmes ignorent – ou plutôt feignent ignorer – existe et demeure un des plus importants.
« On ne naît pas femme mais on le devient » dit Beauvoir. La femme a beau rêvé, à une période de sa vie, être l’égale de l’homme. Mais cette situation demeure chimérique. Parce qu’on le veuille ou non, l’inégalité réside dès la naissance : contrairement à l’homme, la femme n’est pas née avec des droits acquis. Un enfant libanais de sexe féminin a le devoir de militer pour ses droits les plus fondamentaux.
Le troisième facteur est alors inhérent à la femme dont l’évolution est conditionnée par sa détermination et par sa conviction interne d’être capable de faire face à l’homme et de vivre indépendamment de lui.
De là, deux types de femmes sont à distinguer : la femme nonchalante et la femme soumise.
La femme nonchalante est celle qui a reçu l’éducation nécessaire pour connaitre ses droits et découvrir ses capacités qui lui permettent de dépasser l’homme. Cependant, elle est peu confiante et se laisse démotiver par les premiers obstacles qu’elle rencontre. Ou pire, elle accède aux postes qui lui permettent d’améliorer la situation de la femme, et… et bien rien. Elle évolue individuellement, l’évolution collective étant jugée plus difficile à accomplir. Et l’importance minime du rôle des femmes au parlement vient prouver ce constat.
D’un autre côté, on retrouve la femme soumise dans une société qui lui impose silence et soumission. Elle appartient au deuxième sexe, au sexe faible. Elle a pour avocats les associations féministes qui s’acharnent inlassablement à la défendre et qui, à ce niveau, font plus que leur devoir. Elle est passive. Elle pleure son sort. Elle attend l’évolution.
Sa situation est méprisable. Pauvre être, ignorant qu’il n’y a pas de place dans ce monde pour des gens comme lui. Elle cherche quelqu’un à blâmer : son mari, son père, sa famille, le monde ou peut-être même Dieu. Elle oublie de se blâmer elle-même. Elle oublie ce dont elle est capable. Elle oublie qu’elle n’a pas de droits acquis, qu’elle est née combattante et qu’elle a le devoir de militer. Elle préfère le silence, qui finit par être synonyme de complicité.
On s’acharne à la défendre. Elle n’est pas consciente de ses droits, dit-on. On blâme son manque d’éducation, sa famille, sa société, le destin aussi…
Mais il n’est pas nécessaire d’aller à l’école pour lui apprendre qu’elle peut donner une vie. Cela est suffisant pour se rendre compte qu’elle est capable de beaucoup.
La mobilisation de la société civile pour la revendication des droits de la femme se révèle être une mesure nécessaire bien évidemment, mais non suffisante. La femme a le devoir de se rebeller sur elle-même et de lutter pour les choses les plus fondamentales. Elle doit comprendre que ce n’est pas l’homme, mais la passivité et le laxisme qui sont ses ennemis les plus dangereux. Elle doit comprendre qu’elle a toujours le choix. Que le silence est un choix.
Perla Choueiry
Redactrice en Chef

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