Croix-Rouge Libanaise, morphine de l’Etat, stupéfiant du peuple

Nous avons tous fait les éloges mérités des jeunes secouristes volontaires de la Croix-Rouge, qui ne manquent pas d’ailleurs de crédit pour leurs services qui viennent remplir un vide chaotique engendré par un Etat dont la politique publique est laconique. Toutefois, nos jeunes sont-ils pour autant tenus de sacrifier afin que nous obtenions un de nos droits civiques?
La Croix-Rouge Libanaise (CRL) a été fondée en juin 1946, le gouvernement Libanais avait déjà signé les Conventions de Genève, le 11 novembre 1945. Le Commandant en Chef de l’Armée Libanaise reconnaît la Croix-Rouge Libanaise comme auxiliaire de l’armée, le 20 Décembre 1946 un décret présidentiel reconnaît la Croix-Rouge comme un service d’utilité publique. Comportant plusieurs départements, on en cite : l’école infirmière, la section sociale « jeunesse », la banque de sang, les dispensaires et la section des secouristes.
Depuis, par un accord signé entre la Croix-Rouge Libanaise et l’Etat Libanais, il revient aux équipes secouristes mentionnées d’assurer le devoir de porter secours aux civils et parfois aux militaires, en contrepartie de fonds versés afin de couvrir, du moins partiellement ses dépenses. En d’autres termes, l’Etat libanais dans l’incapacité d’assurer ce service public, le délègue tout en délaissant les exclusivités qui en découlent.
Cette conjoncture acceptable en temps de guerre est scandaleuse en temps de paix, et si le temps a normalisé les choses, les droits des citoyens sont imprescriptibles. Si nous prenons l’exemple de la France, la Croix-Rouge Française est un organisme auxiliaire au SAMU et aux sapeurs pompiers, elle n’intervient qu’en cas de crise ou de déficit de personnel. Elle n’a aucune autonomie et ne peut intervenir que dans des circonstances bien définies.
La situation actuellement se présente ainsi au Liban: entre 6h et 17h, l’effectif des secouristes est de 50%, il n’est complet qu’à partir de 18h. Les secouristes sont de jeunes volontaires auxquels rien n’est assuré en contrepartie de leur service, à part le local, leur tenue et le matériel de travail. Légalement, leur statut n’est reconnu par aucun texte, aucune protection ne leur est assurée et aucune obligation ne leur incombe, encore plus, les volontaires doivent ironiquement payer les frais de leur adhésion. Leur formation, quoique assidue ne peut être qualifiée de professionnelle et ce, car il s’agit de volontaires à temps partiel qui, durant le restant de leurs temps, sont investis dans leurs formations principales.
En d’autres termes et pratiquement : si vous appelez pour une ambulance entre 7h et 15h en cours de semaine, vous avez une chance sur deux d’être desservi à temps ; si une guerre éclate et persiste, vous n’avez aucune garantie que les services de secours pourront demeurer durant toute cette période ; un secouriste de service qui intervient sur une scène de crime subit les mêmes procédures qu’un civil ordinaire ; un secouriste qui manque d’éthique dans son travail n’est poursuivi que sur base du droit commun – qui méconnaît la notion de secouriste- ou sur le plan disciplinaire, il sera, au pire, démis de ses fonctions.
Si nous nous rappelons de l’incident tragique de l’effondrement de l’immeuble d’Ashrafieh, plusieurs lacunes ont été relevées, nous citons : le manque d’organisation urbaine, le non contrôle des conditions des édifices, la loi sur les baux… personne n’a pensé évoquer le problème des secours, le manque d’organisation et de préparation pour ce genre de cas relativement classique dans le domaine, les moyens timides, etc. Cela prouve malheureusement que la société libanaise considère les conditions de ce secteur comme normales et évidentes. Le seul fait que ces volontaires soient encore vêtus durant leur service d’ « overalls », uniforme typique des temps de guerre devrait être révoltant !
En somme, les jeunes secouristes de la Croix-Rouge libanaise sont des héros qu’on ne peut assez remercier pour leur travail humanitaire. Le problème se pose au sein d’une société qui ne réalise pas qu’il est de son droit de jouir d’un service paramédical professionnel à part entière assuré par l’Etat. Dans une ère où le volontariat est en voie d’extinction et où la jeunesse libanaise ne cesse d’émigrer, il est légitime de prévoir une crise imminente de ce secteur dans les années à venir.
Mario Macaron
Etudiant en Droit et Sciences Politiques
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2 réflexions au sujet de « Croix-Rouge Libanaise, morphine de l’Etat, stupéfiant du peuple »

  1. c’est vrai, ce sont des héros irremerciables, tellement leurs dons sont précieux ! de toute façon, je ne pense pas qu’ils attendent quelque chose en contre partie, car leur volontariat est divin, et plein d’amour, et cela est donné gratuitement! Au Liban, toute la société est basée sur l’approche personnelle et c’est ce qui fait la différence avec les autres sociétés; alors il ne faut rien attendre des instances gouvernementales.

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