Le boom de la night-life: qu’en dire?

« Un éclair… puis la nuit! » (Charles Baudelaire, A une passante), un choc, une impression, une stimulation, c’est bien ce que chaque évènement marquant laisse dans son sillon après avoir serpenté l’un des chemins de notre vie. Ce qui marque étonne, et est la plupart du temps inexplicable. Un évènement mais aussi un phénomène, une tendance, et dans notre cas c’est bien la night-life au Liban, un boom sans précédent qui a sidéré bien des nôtres. A quoi est-ce dû? Comment nous a-t-il affectés? C’est un univers qu’on se propose d’explorer en un rapide clin d’œil.
Ayant organisé un évènement, il faut au début stimuler l’opinion publique pour attirer les clients. Dans ce domaine, les médias ne convainquent pas, ils persuadent: le client doit sentir qu’il veut aller pour qu’il le décide. A cette fin, la publicité fait des miracles: les pancartes brillent de mille feux, les promotions télévisées diffusent un aperçu enjolivé de ce que sera l’évènement promu proclamé avec une voix intense et vive, des foules acclament l’artiste en cœur et s’enivrent d’une musique on ne peut plus exaltante… Tout ceci dans le but de plonger l’auditoire au cœur de l’action, lui faire vivre brièvement une atmosphère de rêve et de folie, le laisser imaginer et se réjouir de ce que pourrait être cet évènement, et surtout, de ce qu’il raterait s’il s’en abstenait. Encore plus, les invités sont reproduits comme les stars du moment, les offres balancées comme « à ne pas rater », et les adjectifs survalorisant, stimulant l’inconscient et l’envie festive, bourrent les yeux et les oreilles… On vit déjà l’ambiance, on y imagine le tumulte et on s’y traine comme sur des roulettes.
Cependant, la publicité suffit-elle? Difficilement! Il faut que les gens en parlent, que la tendance du moment y prête. A cet effet, les idées pleuvent, l’imagination transcende le réel: on est prêt à tout pour séduire! On offre au public non seulement ce qu’il cherche, mais aussi ce qu’il souhaite désespérément ou peut-être même, ce à quoi il n’aurait jamais pu s’attendre. On crée des cadres nouveaux, des salles aux architectures luxuriantes, des jeux de lumière ravageant les quatre coins de l’emplacement, des soirées à thème pour en accentuer le caractère spécial, un karaoké où l’audience devient l’artiste et l’ambiance qu’on recherchait n’est plus que celle que l’on crée soi-même, des neiges artificielles qui tombent sur une foule en extase, des présentations, des défilés… Tous les moyens sont bons, mais à quelle fin? Quelle est la clef d’une réussite dans ce domaine? Le client veut se défouler, il veut passer du bon temps, il veut que sa nuit soit mémorable, pour cela il faut du piment: le client veut être impressionné, il veut vibrer, s’oublier pour se décharger, s’évader rien que pour un petit instant. Ainsi, la night-life est l’univers de la détente où s’apaise non seulement la tension interne mais aussi celle entre les individus entre lesquels les barrières disparaissent!
Le succès de la night-life est aussi dû à l’atmosphère qui y règne, et qui s’accorde avec la réalité de la société libanaise. D’abord, comme la dit Aristote : « l’homme est un animal social » et les relations, le Liban en est le terrain de prédilection. Ces endroits sont en succès parce qu’ils unissent les gens, les liens existant deviennent étroits, ceux perdus renaissent et ceux n’existant pas se tissent. C’est l’endroit où l’on espère faire des rencontres, découvrir de nouveaux visages, entamer de nouvelles relations… Ensuite, on y dévoile ses cartes à cœur joie. C’est là-bas que les classes sociales se discernent, que les liens sociaux resurgissent aux yeux du public, que les fortunes et les influences se manifestent… Au vu de cette classification si radicale, certains voient même la nécessité de se forger de nouvelles identités pour être reclassés à leur tour. Une société fondée sur les apparences y trouve alors son compte.
La night-life devient aussi un reflet de la personnalité et du niveau social. Aussi, quelquefois, ce n’est plus un loisir, ca devient une nécessité. L’homme n’est pas seulement défini par son sexe, sa nationalité et sa religion, mai aussi ses pensées, sa personnalité, ses actes, ses tendances et sa façon de vivre… Le style de vie reflète les nécessités, les envies et donc le caractère. La night-life est une tendance en essor suivie par les esprits jeunes, vifs, croquant la vie à pleine dents et en quête d’aventures. C’est bien des traits de caractère que l’on aime s’attribuer et que la société admire en nous. Aussi, les différents espaces où l’on veille sont bien fréquentés par différentes classes sociales. Alors, la boîte de nuit ou le pub où l’on part reflète la nôtre. Ceci d’autant plus que chacune de ces places-là, au courant de sa réputation et de la classe sociale qu’on s’attend à y trouver, opère une sélection de sa clientèle à cet effet. Dès lors, faire partie de cette sélection, et donc être admis dans un endroit correspondant à une certaine classe sociale devient une victoire, une expérience dont on se réjouit à l’égard du public. Un sentiment de satisfaction et de fierté s’en érige alors, et rien que pour ce sentiment, les demandes pleuvent et l’offre se rétrécie proportionnellement. C’est là que la sélection devient plus intense et que le mérite d’en faire partie devient plus grand: on ne veille plus pour s’amuser, on veille pour se prouver, ça devient une nécessite sociale.
Il est donc clair, c’est la course vers la night-life. Devant une telle demande, l’offre renchérit: la night-life n’est plus pour tout le monde désormais. Ce domaine si convoité devient ainsi le plus coûteux parmi toutes les formes de loisir.
Quel est l’effet de la night-life sur la société d’aujourd’hui?
Clairement, ce style de vie ne peut que causer une fragilisation dans les mœurs sociales. Dans ces endroits, sous l’effet de l’alcool et dans une ambiance de musique, de danse et d’engouement, on contrôle moins ses actes et l’on est plus permissif avec soi-même. Evidemment, on se permet cet instant passager de relaxation de l’esprit tout en se disant qu’en fin de compte une fois n’est pas coutume! Mais avec le temps, la coutume se constitue, et l’exception devient la règle.
Aussi, cette mode est tellement en ébullition qu’elle est même devenue un facteur de réussite dans le « Entertainment World ». En effet, beaucoup de restaurants se mutent le soir en boîte de nuit ou en pub pour attirer davantage de clientèle. On sait désormais ce que veut la clientèle et on la lui offre, dans quelque domaine que l’on soit.
Enfin, le plus surprenant reste le suivant: la night-life a changé le rythme de vie des gens. En effet, avec son succès, le premier loisir est maintenant clair dans notre société et on en vit en fonction: on vit la nuit et on dort le jour. Le sport, c’est pour être présentable lorsqu’on va veiller, la chasse et la pêche – sauf dans les boîtes de nuit bien sûr, à bon entendeur salut! -, ainsi que toutes ces autres activités que nos ascendants pratiquaient, ne sont plus: le jour, on n’a plus rien à faire.
Cyril Chamoun
4ème année de droit
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s