L’Homme : la mortelle immensité

Le suicide, acte délibéré commis par un être humain visant à mettre fin à sa propre vie, touche tant au domaine religieux qu’au champ de la dialectique philosophique. A une stricte condamnation du suicide dans les trois religions monothéistes, apparait une diversité de points de vue en philosophie dans la matière. Si le fait de se suicider est d’abord un acte contre soi-même, la destinée de l’homme appartient à Dieu et le suicide constitue alors une rupture dans la relation de l’homme avec la souveraineté de son Dieu. Cette analyse partagée par plusieurs conceptions religieuses se voit dénigrée par certains courants philosophiques alors que d’autres, notamment des auteurs croyants, la rejoignent.
Abstraction faite du caractère éphémère de la vie humaine, l’homme souffre du « vertige de la vie ». Ayant une multitude infinie de choix et de possibilités, l’homme serait poussé à une inaction forcée, chaque possibilité pouvant en ouvrir une multitude d’autres. De plus, prenant en compte la relativité de chaque option, la question « pourquoi donc ? » se pose et freine toute initiative individuelle. Hégésias de Cyrène constatait que le bonheur, moteur du désir de vivre, est impossible, les souffrances du corps entrainant celles de l’âme et la fortune détruisant « nos espoirs » et nos calculs. Le bonheur étant impossible, les désirs inaccomplis et toujours renaissants, à quoi bon vivre et refuser la mort ?
« Il y a un droit en vertu duquel nous pouvons ôter la vie à un homme, mais aucun qui permette de lui ôter la mort : c’est cruauté pure et simple ».
Friedrich Nietzsche par contre condamne fermement le suicide en tant qu’acte individuel et nihiliste, tout en prônant le respect du suicidé au contraire du christianisme qui refusait la sépulture aux suicidés.
La volonté de l’homme est source d’obligations en droit. Mais le droit est la création de la société. Or cette même société est un ensemble de personnes, chacune d’elle étant un maillon faible à protéger. La société condamne le suicide non pas pour son caractère individuel, mais pour ses implications collectives. Une société ne peut se permettre de voir sa population décimée par un taux de suicide élevé transfigurant un mal être inhérent à l’être humain.
Donc d’un angle purement individualiste, si l’accomplissement de cet acte provient d’une volonté consciente et déterminée, il paraît donc être acceptable. En effet, la vie s’imposant à l’homme, sa mort peut être l’objet de sa conscience. Cette conscience, maltraitée par sa propre nature chétive et en quête continue de plaisirs n’a-t-elle donc aucun pouvoir de décision en la matière? L’homme est un être de désirs. Or le désir n’est qu’un manque, un besoin non satisfait. Et un désir satisfait n’est pas une finalité, mais une boucle dans la longue chaine des désirs-besoins de l’être humain. Cette distinction désirs-besoins apparait d’ailleurs peu adéquate dans nos sociétés mercantiles : en effet, posséder les accessoires informatiques les plus modernes, même si leur champ d’application et leurs options sont compris en d’autres accessoires relativement anciens, ne devient-il pas un besoin assimilable au besoin de nutrition et de sommeil ?
Donner la vie consiste forcément à donner la mort. L’imperfection de la machine qu’est le corps humain condamne cet être à une décadence qui débute dès la première manifestation de vie dans ce métabolisme. Condamné à une mort certaine, l’homme ne pourrait-il pas choisir, par un acte certes condamnable tant pour ses conséquences pour l’individu que pour la société, mais justifiable dans certaines circonstances ?
Philippe Bou  Nader
Etudiant en droit

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s