L’interdiction de la vente d’alcool au Sud

« Une foi n’est tolérable que si elle est tolérante. »
L’interdiction de la vente d’alcool au Sud est un sujet sensible qui intéresse et effraie les Libanais pour plusieurs raisons. Malgré son importance, l’évoquer reste une opération délicate sujette à tous genres d’interprétations. Certaines personnes utilisent  cette triste vérité comme outil de propagande contre le Hezbollah et ses alliés, d’autres la contestent et la condamnent pour des raisons sociales et, malheureusement, certains défendent cette mesure et essayent, en vain, de la justifier par des principes soi-disant sacrés.
Au nom de l’Islam, l’alcool est « haram» tout comme un tas d’autres choses actuellement tolérées, acceptées, voire même encouragées dans la plupart des sociétés. En effet, malgré les tendances sophistes ou raisonnées évoquées d’année en année, la vérité demeure évidente et l’interdiction de la vente d’alcool, indépendamment de tout ce qui peut être véhiculé, est essentiellement en raison de la forte concentration de musulmans et du désir des partis influents d’appliquer la chari’a. Ainsi, pour limiter la tentation et s’éloigner du « haram », l’interdiction de toute consommation d’alcool se reflète en pratique en une interdiction de vente d’alcool. Les défenseurs de cette réalité parfois imposée par la force et non grâce à la notoriété des partis diront que les habitants de ces régions sont libres de vendre et de ne pas vendre ce qu’ils veulent. Les plus pratiquants entre eux penseront que cette interdiction est justifiée et qu’elle a lieu d’être, surtout sachant que ces régions sont souvent majoritairement musulmanes.

Une mesure inutile
L’interdiction de la vente d’alcool, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, est inutile dans le combat contre la délinquance dans la mesure où les crimes causés par la consommation excessive d’alcool sont rares. De plus, cette interdiction est oiseuse vu que les habitants des régions concernées auront toujours accès aux commerces des régions voisines. D’ailleurs, le combat contre la délinquance et le respect de la chari’a seront mieux assurés par une éducation civique et religieuse saine.

Une mesure injuste

Quelle soit légale ou point, l’interdiction de la vente d’alcool est une mesure injuste. Tout d’abord, les commerçants ne sont pas toujours musulmans et de fait, il n’est pas raisonnable que la chari’a soit appliquée à leur égard. D’ailleurs, même s’ils l’étaient tous, il est inconcevable au 21ème siècle d’obliger des personnes à respecter des principes religieux qu’ils ne veulent pas appliquer ou tout simplement auxquels ils n’y croient pas. Cette obligation est une atteinte franche et directe à la liberté de ces individus. Rien n’oblige ceux qui désirent respecter la chari’a de vendre ou de consommer des boissons spirituelles comme rien ne devrait interdire ceux qui voient en l’alcool une source de revenu ou un plaisir futile de le vendre ou de le consommer. Ce n’est pas parce que l’Islam interdit la consommation d’alcool que celui-ci doit pour autant être interdit. De telles mesures hasardeuses vont à l’encontre même du respect mutuel et de la diversité dont on est si fier. La consommation et la vente d’alcool sont des choix que les habitants du Sud, et du Liban, doivent faire par eux-mêmes sans contraintes et coercition.
Une illégalité garantie
Le Liban n’est ni un pays musulman ni un pays qui applique la chari’a et malgré le confessionnalisme roi que la constitution consacre à maintes reprises, une distinction étanche existe entre la religion et les lois (mis à part le statut personnel). Jusqu’à présent, en espérant que ça dure, aucune loi interdit complètement la vente et donc la consommation d’alcool. Partant de là, les autorités religieuses et les partis politiques peuvent condamner moralement toute consommation ou vente d’alcool et assortir, si elles y tiennent, cette contravention d’une sanction religieuse ou morale comme l’excommunication ; cependant, ces autorités, qu’elles soient religieuses et/ou politiques, n’ont nullement le droit d’imposer leurs croyances en usant de moyens prohibés par la loi comme la menace ou la force. De plus, cette interdiction est contraire aux libertés fondamentales consacrées par la constitution Libanaise et les conventions internationales que le Liban a ratifiées.
Qu’elle soit une mesure isolée ou une autre étape d’une soi-disant carte de route, l’interdiction de la vente d’alcool au Sud demeure une aberration inutile, illégale et injuste et qu’elle soit à leur initiative ou pas (comme si la question se posait), on peut au moins reprocher aux partis politiques et aux autorités religieuses influentes leur passivité. Peut-être que ces petits dictateurs feraient mieux de se préoccuper autant des cartels de drogue qu’ils protègent implicitement (ou pas) et dont ils tirent profit.
Joe Romanos
Rédacteur en chef adjoint
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