Soirée de rêve(s)

18 Mars 2012, Hôtel Phoenicia, dîner de la faculté de droit.
D’une même voix, d’un même écho, d’un même élan, le président Choucri Sader et l’ex ministre de l’intérieur Me Ziad Baroud s’adressaient avec énergie à cette foule estudiantine : « Rêvez !… Rêvez d’un meilleur Liban!»… Ce fut un cri du cœur, un appel à la mobilisation : rêver d’un futur meilleur, d’un destin meilleur.
Quoi de plus sain et de plus beau que de rêver !
Quoi de plus réjouissant que de voir et entendre les doyens, nos ainés, nous demander de rêver.
Mais quoi de plus angoissant que cet appel au rêve! Est-ce par le rêve que l’on assure la relève? Le constat du présent qu’on nous transmet est-il si amère et teinté de désespoir que l’on nous appelle à rêver ?
Est-ce une passation d’un fardeau, d’un fardeau lourd, d’un fardeau épuisant : ce fardeau qui croît chaque jour, ce fardeau devenu quasi-impossible à porter et supporter.
Nos doyens ont-ils raison de fonder sur nous, la jeunesse, « l’élite de demain », l’espoir du renouveau? Mais quelle élite sommes nous ?! Nous nous noyons dans le fanatisme, l’intolérance, l’arrogance ; dans la faillite, l’échec et le désespoir !
Durant cette soirée de gala, notre joie de retrouvailles était certes grande. Mais la gaité ambiante cachait une angoisse pathétique et latente. La soirée était aussi une évasion dont il fallait en tout état de cause profiter. Une bouffée d’air pur.
Nos anciens paraissaient soucieux de nous confier les rênes de l’avenir. Le fardeau, toujours le fardeau.
Mais que cherchons-nous ? Nous n’avons fait preuve à ce jour d’aucune grande énergie pour redresser les choses. Face à l’état des lieux que nous constatons, la seule solution est tournée vers l’expatriation. Loin de la pollution politique, économique,  sociale et environnementale ambiante. Loin des fanatismes et des armes. Loin des discours usés et nauséeux.
Mais derrière toute épaisse brume, un éclair, une lumière, une révolte couvre. Une révolte contre soi-même ou contre les autres? Une révolte contre l’état actuel de notre pays où sévissent férocement décadence de la morale publique, embourbement dans les conflits égocentriques et mesquins, falsification de la vie politique empêchant toute adaptation aux bouleversements et métamorphoses qui ont lieu dans notre entourage et qui pèseront lourd sur notre avenir et sur celui des générations futures.
Après tout, nous, la jeunesse, sommes interpellés pour lancer un cri qui proclame notre aspiration à un changement radical dans la marche et le devenir de la Patrie. Il est évident que les libanais, tous les Libanais, n’ont pas seulement perdu leurs guerres mais ont également raté le train du progrès, du développement et de la renaissance, les uns de leur propre gré, les autres par leurs soumissions en dépit de leur volonté demeurée hélas léthargique, et les voilà désormais menacés de perdre la dernière lueur d’espoir.
Tant d’années d’acharnement à desservir le pays, à dénigrer l’intérêt national. N’avons-nous pas participé à la destruction continue des bases de la vie nationale ? Tant d’années qui ont d’autant plus anéanti ce que la guerre avait déjà dévasté et qui par l’irresponsabilité des uns et la torpeur des autres a poursuivi l’épuisement du potentiel humain du pays. La soif du changement tant de fois écriée, générée par une classe politique rongée dans son ensemble par l’absence de qualités morales et intellectuelles et de déficience de toute vision d’avenir, s’est asséchée.
Pourrions-nous avoir, nous les jeunes, encore l’énergie d’appeler toutes les forces de la jeunesse à actionner la roue du vrai changement? Saurions-nous imposer le respect des normes républicaines élémentaires, oui républicaines tant de fois bafouées,  humiliées et profanées, imposer l’égard par rapport aux différences confessionnelles, politiques et sociales ? Saurions-nous envoyer aux oubliettes le fanatisme, la haine, la sottise, l’impuissance et la traitrise ?
Nous, la jeunesse, savons rêver, et portons l’espoir d’un meilleur Liban. D’un Liban juste et égalitaire. D’un Liban libéral et républicain. D’un Liban démocrate, sourd aux démons totalitaires. Oui Mr Sader! Oui Me Baroud! La jeunesse peut rêver! Et elle rêve d’un Liban uni qui casse enfin les barrières confessionnelles. Oui, cette jeunesse en apparence pourrie et vouée à l’échec, même si  elle rêve d’un jour meilleur, devrait travailler ardument pour atteindre cette fin. Aussi faudra qu’elle décide d’agir au-delà du rêve. L’action dans l’unité est la solution. Nul ne peut casser les ailes d’une génération ambitieuse qui décide d’atteindre réellement ses aspirations. L’histoire est notre témoin, et sera notre juge.
Et si le Cèdre doit tomber, alors ainsi soit-il. Mais que le Cèdre tombe parce que nous n’aurions pas réussi, non faute de n’avoir pas essayé.
Karl Khoury
Etudiant en droit

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