La politique estudiantine : un champ de batail sans merci

« On ne ment jamais tant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse. » – Georges Clémenceau

 

Gagner, c’est ce que notre société vise sans relâche. Notre génération ne pense qu’à accumuler les victoires, les prix, les titres. Tous les moyens sont bons pour arriver à notre fin. C’est d’ailleurs de cette façon que les politiciens libanais remportent les élections législatives. Mais ce qui nous incite à la révolte c’est que non seulement les élections législatives sont politisées, mais toutes les élections qui sortent du cadre législatif le sont aussi : toutes les élections deviennent – malheureusement – de nos jours appuyées par les politiciens.

 

Comme nous l’avons précédemment dit, les élections qui sortent du cadre législatif (élections universitaires, au sein même d’un syndicat, etc.) sont politisées. Ce qui fait que nous réduisons alors le statut des candidats au statut de représentants de tels ou tels partis politiques (voire de telles ou telles personnalités politiques). De plus, les électeurs ne voteront plus en prenant compte des capacités morales et intellectuelles du candidat mais des affinités politiques qu’ils partagent avec le candidat dont le parti a appuyé la candidature. Donc, nous ne votons plus pour les personnes, mais pour des partis ou des courants politiques. En outre, aucun programme électoral n’est soumis (et s’il y en a, il est peu, voire pas du tout pris en compte par les électeurs) : pour eux, le seul fait d’être appuyés par des politiciens est suffisant ; c’est leur façon de se présenter aux gens, c’est leur identité, leur fierté. Ceci corrobore le fait que ceux qui remportent les élections ne sont pas forcément compétents, ce qui explique les différends que le pays connaît depuis des années. En effet, c’est le cas dans les universités telles que l’Université Saint-Joseph (dans toutes ses facultés), la LAU, l’AUB etc.

 

 

L’université Saint-Joseph consacre la pratique démocratique en permettant aux étudiants d’élire leurs représentants devant l’administration qui sont en même temps chargés de gérer les activités extra-académiques. Comme chaque année, les groupuscules se mettent en place : listes, manipulations, endoctrinement – astuces utilisées par tous les partis pour attirer le plus de personnes vers eux. La faculté de droit – surtout – n’a jamais vu autant de monde ; on se croirait en période d’examens, la « cour » regorge d’étudiants et de vacarme. Les grands « loups » de la politique observent, abordent, calculent… une blague par-ci, un sourire par là… Leurs principales victimes : les étudiants de première année, inconscients, innocents, fraichement sortis des bancs de l’école et jetés dans le monde des « grands ». Tout le monde se parle, tout le monde rigole. Le calme et la sympathie règnent! Mais, au fond, ce sentiment de prospérité et d’amitié n’est-il pas une simple façade qui cache, derrière elle, un cumul de manipulations et de stratégies? Mais alors à qui revient le mérite de la gloire politique? Lequel des deux partis sera le mieux récompensé? Une bataille sans merci confronte ces deux pôles qui ne cessent de se partager le pouvoir. Le mode de scrutin adopté par l’université (la représentation proportionnelle, ce qui implique listes bloquées et interdiction du panachage et du vote préférentiel) est une source principale du manichéisme politique ; elle l’encourage, pis, elle l’appuie! En effet, chacun des deux courants politiques du moment (le 14 mars et le 8 mars) jette la faute sur l’autre et porte le masque d’un ange. « Les bons et les mauvais », toujours cette théorie enfantine, innocente, dépourvue de réflexion et de maturité, ou au contraire, cette stratégie utilisée par les deux clans, visant à amener le plus grand nombre de personnes à voter pour eux. Certains ont alors pensé éviter cette mascarade en formant une liste indépendante, une sorte de troisième recours, en notant que « le temps des illusions était passé et que celui des réflexions commençait » – surtout que, une fois le courant ayant remporté l’élection et une fois l’amicale formée, la politique n’interfère plus dans les activités, qu’elles soient académiques ou extra-académiques. Mais, les personnes politisées au sein de l’université ont encore une fois profité de l’occasion : cette liste indépendante les aidera à remporter les élections, en invitant le plus de gens possibles à voter pour elle, pas par sympathie mais par pure stratégie, pour faire perdre leur rival principal. Ceci nous rappelle la guerre froide, un semblant de justice et de survie d’un parti tertiaire qui ne peut s’affirmer à cause du système préétabli, un mouvement de « non alignés » qui s’entête à vouloir faire ballotter le pouvoir entre les « deux grandes puissances » sans penser aux non alignés qui se définissent comme n’étant alignés ni avec ni contre aucune des deux « superpuissances ».

L’administration, par le scrutin de vote qu’elle a adopté, ne permet pas à tous les étudiants d’être représentés. Pourquoi ne pas donner la chance aux jeunes d’avoir une autre alternative? Pourquoi ne pas inciter les dirigeants de demain à avoir une autre vision de la vie politique? Pourquoi ne pas les responsabiliser en leur donnant la chance de voir la vie différemment?

Pourtant, tout ce que demandent ces jeunes, c’est la paix. Et même cette requête collective ne pourra pas les empêcher d’être les Caïn et Abel de notre société…

 

Cependant, ceci ne nous empêche pas pour autant de relever des points positifs à ces élections universitaires politisées. En premier lieu, les élections sont le seul moyen pour les étudiants d’exprimer leurs points de vue, de débattre et de faire fonctionner leur matière grise. Il est d’ailleurs remarquable de noter que pas tous les étudiants ont cette chance de faire des élections, de voter pour des personnes et de donner leurs avis politiques. C’est notamment le cas de l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA) dans laquelle c’est l’administration qui s’occupe du choix des délégués sans avoir recours à des élections pour ne pas avoir affaire à des querelles politiques qui pourraient engendrer vandalisme et barbarie. L’université libanaise, quant à elle, reprendra les élections politisées cette année, pour la première fois depuis quatre ans – sachant que les facultés qui n’avaient pas droit à des élections ont dû supporter les délégués élus par des étudiants antérieurs depuis quatre ans, ce qui est très dommage pour une université aussi respectable que celle-ci. En second lieu, la majorité des étudiants sont motivés par les élections politisées, surtout dans le campus de la rue Huvelin, réputé pour être le campus de la liberté et de la résistance estudiantine grâce à son passé qui a fait des ravages…

 

En définitive, les élections sont importantes mais les candidats qui les remportent  n’ont pas toujours de mérite. Leur seul mérite, c’est celui d’appartenir au parti grâce auquel ils ont pu remporter les élections. Mais la jeunesse ne voit toujours pas le mal dans tout ça et continue…

 

Maria Aouad, Alice Bou Assi et Marie-Sophie Tarazi,

                   Etudiantes en deuxième année de droit.

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