Pretium Juventutis (Prix de la jeunesse)

Et voilà que tout recommence. Attentat à la voiture piégée : cible politique, victimes, blessés et dégâts matériels civils. Nos élus se ruent devant les caméras braquées sur les scènes sanglantes tant qu’ils le peuvent.

Le patriotisme ressurgit, certains accourent aux manifestations, d’autres pris d’un élan altruiste se dédient de bonne foi au travail humanitaire qu’imposent les circonstances. En parallèle, les réseaux sociaux s’activent, on se console à coups de citations, poèmes et monologues lyriques, certains expriment leur désespoir, d’autres renouvellent leur détermination. En fonction du camp politique, on attaque, justifie ou défend.

Les jours passent, et on reprend notre quotidien, l’esprit confus et noyé par l’instinct de survie. Attentat après attentat, deuil après deuil, déception sur déception, la société libanaise réalise de plus en plus que le changement est nécessité. Et pourtant, comment sortir de cette bipolarisation 14 et 8 ? Abstraction faite de ceux qui ont –légitimement- perdu tout espoir, voici quelques options couramment reprises.

« Par les élections législatives » vous répondront les partisans incurables du « duothéisme » politique. Certes, avec une loi pour les législatives faite sur – leur – mesure, une réponse pareille est calculée, surtout que la part totale des « indépendants » est toujours minoritaire face aux fanatiques du clientélisme politique.

« Par une révolution populaire » crieront les néo-communistes. Bien que séduisant, un tel projet requiert un pourcentage plus éveillé et civilisé au sein de notre société, et notamment apte à l’autodiscipline.

« Par une révolution artistique » proposeront l’étoffe des artistes, encore faut-il qu’ils aient le temps de s’exprimer avant que la censure ne se mobilise et défigure leurs travaux.

« Par une révolution culturelle/intellectuelle » vous diront les étudiants universitaires. Cela pourrait bien être la percée de l’injection du nouveau sang : la jeunesse libanaise.

En effet, nous ne pouvons pas renier les faits suivants : l’élite de notre société germe et se parfait au sein des universités, même si elle s’expatrie juste après, mais durant le processus de gestation elle est là ! Ensuite, s’il revient à une tranche d’âge d’inspirer les politiques publiques

d’un gouvernement, c’est : soit la jeunesse soit le troisième âge. Et comme dit le dicton « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ». Et pourtant, jeunesse peut ! Toutefois comment ?

Les universités libanaises ont presque toutes dans leurs statuts des procédures d’élection de bureaux d’amicales, ce que l’on appelle vulgairement les « délégués ». Des élections qui ont depuis 2006 été le cirque annuel des sondages politiques, animés par du grabuge et applaudis par des conseils disciplinaires désenchantés. Des élections dont le fruit laisse souvent à désirer face à des électeurs repentis et déçus.

Et pourtant, Dieu sait à quel point ces élections peuvent changer le cours des choses. Là où on en est, le bloc des indépendants est plus puissant que jamais dans les entourages estudiantins désillusionnés des chimères politiques, il était temps ! A noter que par indépendant on n’insinue pas neutre –luxe qu’on ne peut plus se permettre- mais non relevant de la summa divisio (la division la plus élevée) des partis politiques périmés.

Du moment où ces indépendants s’organisent en comités et mènent consciencieusement des élections face au fascisme des candidats politisés et de leurs équipes, ils pourront avoir le contrôle des bureaux des amicales avec des agendas pro-politiques publiques. Et c’est là que la révolution commence. Cet agenda n’est évidemment pas le leur, mais c’est selon lui que les comités en question pourront forcer la main du gouvernement à agir, qu’ils mobiliseront le législateur à légiférer et qu’ils laïciseront le politicien. Le processus que nous suggérons n’est pas le projet d’une année ou deux, c’est un mouvement qui devra s’étendre sur au moins quatre années, le temps de faire boule de neige. C’est ainsi que notre société retrouvera ses repères, c’est ainsi qu’elle l’avait déjà fait. Ne perdons pas de vue que l’élan démocratique de l’après Février 2005 est l’aboutissement du sacrifice des étudiants d’Huvelin au long des années, tous partis confondus.

Si on y pense, notre jeunesse est effectivement le puits vital et principal des volontaires pour les premiers soins à l’échelle nationale, des donneurs de sang, des bénévoles pour les banques alimentaires et chantiers sociaux, des engagés dans la défense civile ; c’est l’ambassadrice du Liban dans les quatre coins du monde, c’est le devenir de ce pays. Dans un jeu aussi dangereux que la démocratie, à défaut d’initiative de cette jeune élite libanaise pour s’unir et prendre les choses en mains, d’agir au lieu de réagir, d’exploiter son potentiel et son intellect pour forcer le début d’un changement, d’une renaissance, notre patrie est hélas condamnée à périr d’une vieillesse morbide.

 

Mario Macaron

Ancien Président du Bureau de l’Amicale

Des Etudiants de l’ISP- USJ Beyrouth

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