La triste constatation d’une nécessité

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le rôle de la femme en tant que membre actif de la société n’a cessé d’alimenter les controverses. Certains ont proposé une politique alternative, dite politique de discrimination positive. Les adhérents de la politique des quotas femmes-hommes y voient un moyen d’égaliser les chances de légitimité qu’un groupe, dans ce cas les femmes, pourrait gagner afin d’occuper n’importe quel poste ou niveau social, ceci dans une mise en cause des préjugés qui entretiennent l’exclusion sociale de ce même groupe. Cette politique serait donc une construction législative réformatrice à moyen terme – le nouveau système juridique ne devant pas être en lui même une fin mais un moyen utilisé dans la bataille contre l’exclusion sociale et la stigmatisation des femmes – mais ne devrait en aucun cas être considérée comme loi sociale permanente et protectrice. L’attribution à un groupe d’individus d’une certaine protection et garantie supplémentaires, dont la majorité de la société ne jouit pas, tend, et l’Histoire regorge d’exemples, à la perception de ces droits de la part de ses détracteurs comme étant des droits acquis. Et qui dit acquis dit possibilité de retrait. Cet argument en défaveur de la politique de discrimination positive consiste à refuser cette méthode considérée comme stigmatisante envers la catégorie qu’elle entend promouvoir et donc inefficace pour mettre fin à l’inégalité des chances entre les différents groupes de la société. De plus, certains y voient une discrimination envers le groupe dit dominant et une atteinte à la méritocratie qui serait remplacée par un populisme primitif faisant prédominer un semblant d’égalité et de justice en dépit de la fameuse “ascension sociale selon les vertus et les mérites de chacun”.

John Fitzgerald Kennedy fut le premier homme poltique à user de l’expression politique positive (“Affirmative action” en anglais) à l’occasion de son combat en faveur des noirs et de leur représentation, tant sur la scène des administrations locales que sur celle des emplois dans le secteur privé. En 2003, la Cour suprême, ayant à statuer sur la matière, désavoua le président Kennedy en qualifiant cette politique de quotas de contraire à l’égalité devant la loi et attentatoire à la libre concurrence. Le libéralisme ne doit en effet faire fi d’aucune considération sociale, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

Les réformes sociales étant à la base des acquis sociaux, la politique de quotas devrait être appliquée en premier lieu au système de gouvernance national et international. Or, les détracteurs de cette logique des quotas considèrent que la représentation politique est une représentation d’idées et d’intérêts, pas de genres ou de groupes sociaux. De plus, la méritocratie pouvant être mise en doute suite à ces réformes, une certaine suspicion sera présente, laissant croire que les femmes ont été promues sur la base de leur genre et non sur celle de leur mérite et de leurs compétences. L’argument le plus réceptif des détracteurs de la politique de quotas reste tout de même la peur du phénomène de “balkanisation” croissante de la classe politique et de la représentation. En effet, chaque groupe social se constituerait en lobby luttant pour une politique de quotas adaptée à ses besoins. La fracturation sociale serait, à long terme, une préoccupation majeure.

Après l’approfondissement de cet argumentaire en défaveur de la politique des quotas femmes-hommes, une constatation paraît nécessaire: ces arguments ne sont pas aptes à répondre aux besoins d’une société en évolution, tant sur le plan socio-économique que philosophique. En effet, les assemblées politiques sont les représentantes des principaux groupes sociaux. Les femmes, constituant la moitié de la population, ne devraient-elles pas disposer de la moitié des postes de gouvernance? Certains diraient même que les quotas femmes-hommes sont une nécessité en vue de la protection de la justice sociale et ne constituent en aucun cas une discrimination étant donné qu’ils ne sont que des moyens de défense contre les barrières existantes qui privent les femmes de leur légitimité en tant qu’actrices politiques. Les quotas ne devraient être perçus comme une politque d’exclusion d’un groupe, dans ce cas les hommes, mais plutôt comme une politique d’insertion, dans ce cas les femmes. Qui plus est, une certaine logique et vision à long terme sont de mise en la matière. En effet, la dialectique historique, consistant à voir en toute chose le résultat d’un affrontement entre deux entités opposées, s’impose puisque la politique des quotas femmes-hommes n’est que la concrétisation matérielle de l’évolution de la société, scène d’affrontement entre les groupes conservateurs – en général, les partis de droite et les partis se revendiquant d’une appartenance religieuse – et les groupes progressistes et révolutionnaires – en général les partis de gauche et les partis de centre laïques. La logique suivie est indéniable: ce n’est pas le pourcentage de femmes actives dans la gouvernance des pays qui est recherché, mais le travail législatif et réformateur de ces dernières qui, d’une manière plus efficace et à plus long terme, fera bouger les lignes dans les sociétés de demain. En effet, les députés du sexe féminin seraient plus enclins que ceux du sexe masculin à faire avancer les causes de l’IVG, du congé maternité et de son étendue, du droit à l’égalité des chances et des salaires dans tous les emplois privés et les postes publics. Cette constatation n’est en aucun cas une réfutation du travail de certains hommes dans l’évolution du rôle de la femme dans la société, mais résulte d’une analyse sociologique prouvée: chaque individu défend en premier lieu, par instinct de survie et par désir de domination, les intérêts de son “genre”. Mais la clef du problème réside dans le fait que souvent les intérêts de la femme sont considérés comme opposés à ceux de l’homme. Ici apparaît le rôle primordial de la constitution d’Etat Républicain. En effet, la femme ne serait plus considérée en tant que femme mais en tant que citoyenne, égale à l’homme-citoyen, et dans le seul intérêt de la communauté des citoyens.

Les partis politiques, souvent chiens de garde de cette forme de discrimination envers les femmes, ont à revoir le système de nomination de leurs candidats aux élections locales et nationales s’ils ne veulent pas être la cause d’une réaction d’abstentionnisme féminin aux élections de part le monde.

Philippe Bou Nader

Etudiant en 3ème année de droit

 

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