A BON ENTENDEUR, SALUT

A BON ENTENDEUR, SALUT            

 

Cette année la faculté de droit soufflera sa centième bougie. Cela fait cent ans déjà que la faculté de droit de l’Université Saint Joseph connait un succès prestigieux et fait partie des universités les plus réputées au Liban et au moyen orient. Cela fait un siècle que cette faculté fait naitre les meilleurs juristes du Liban. Nous, fiers étudiants de cette faculté, saisissons alors l’occasion pour la féliciter pour le maintien de son niveau académique, malgré tous les obstacles qu’elle a dû rencontrer et qu’elle a pu surmonter durant toutes ces années. Et surtout, nous espérons que nos enfants célèbreront avec elle d’autres anniversaires encore. Or, d’après Paul Valéry, « un enseignement qui n’enseigne pas à se poser des questions est mauvais ». C’est pour cette raison qu’il serait intéressant de nous poser quelques questions et de nous arrêter sur quelques points afin de retoucher un peu le moule qui va nous rendre juristes.

 

Tout d’abord, c’est le système de crédits qu’il s’agit d’examiner. A vrai dire, à première vue, ce système nous parait assez caduc. En effet, l’université passe outre certaines mesures qui participeraient pratiquement à rendre la vie plus facile aux étudiants et la faculté plus moderne : nous ne pouvons choisir ni nos cours ni notre horaire ni même avancer dans le programme en prenant des cours en été (contrairement aux étudiants de médecine à l’USJ, par exemple, qui sont en train d’accéder -bien qu’officieusement- à ces cours, en ayant au moins le choix d’avancer dans le programme en prenant des cours de l’année à suivre en été). Et pourquoi ne sommes-nous pas plus informés en ce qui concerne le fonctionnement de ce système comme les matières qui se compensent et les notes éliminatoires?

 

De plus, on nous a toujours dit que le droit nécessitait de la perspicacité et de la logique, et c’est pour cela que c’est une science : la science juridique, la science du bon sens. Comme nous l’a tellement répété le professeur Jean-Louis Sourioux, « en droit, il faut toujours connaitre l’origine et l’étymologie du mot pour le comprendre », or on nous impose une matière qu’on surnomme « matière optionnelle » alors qu’elle n’a rien d’optionnel : nous n’avons même pas le choix entre plusieurs matières (pas même entre deux!). De plus, dans toutes les autres facultés de l’USJ, les étudiants ont le droit de prendre des matières qu’on appelle « matières optionnelles ouvertes » et qui donnent la possibilité à l’étudiant de s’épanouir, de se divertir et de se cultiver en se livrant parfois à la découverte de domaines non encore visités. Pourquoi serions-nous discriminés en n’ayant pas la chance de nous défouler en faisant du sport ou du théâtre par exemple? Ou la chance de nous cultiver en apprenant de nouvelles langues? Nous pensions avoir notre mot à dire au moins concernant une seule matière mais ceci n’est pas le cas, alors pourquoi nous donner de faux espoirs?

 

Ensuite, nous trouvons dommage que le système sms, pourtant efficace dans les autres facultés comme celle de médecine ou de gestion, servant à envoyer toutes les informations utiles aux étudiants, ne fonctionne toujours pas dans notre faculté. En effet, les étudiants ne sont jamais prévenus à l’avance lorsqu’un professeur annule un cours à la dernière minute et se retrouvent alors, après s’être réveillés de très bonne heure, avoir passé au moins une heure bloqués dans les embouteillages (pour ceux vivants loin) enclin à revenir chez eux ayant découvert à leur arrivée à la faculté que le cours a été annulé. Et en parlant de moyens de communication, qu’en est-il des réseaux sociaux à l’USJ? Pourquoi notre site internet est-il tellement mort? Pourquoi retrouvons-nous les noms des délégués des amicales de l’année dernière et non pas ceux de cette année? Pourquoi ne pas profiter de ce site pour communiquer aux étudiants les décisions de dernière minute? Pourquoi ne pas profiter de nos comptes étudiants pour y envoyer nos notes de l’année en cours dès leur sortie au lieu de les coller sur un tableau d’affichage, visible à n’importe qui, par exemple? N’y a-t-il pas ici une violation à notre vie privée? En effet, nous nous retrouvons encore une fois devant un système inefficace, qui n’est d’aucune utilité pour les étudiants… Toutefois, nous ne pouvons qu’encourager et féliciter l’université pour avoir créé un compte Facebook et nous attendons avec impatience son entrée sur Twitter, en espérant que ces modes de communication seront enfin efficaces…

 

En sus, pour ce qui est des relations entre les étudiants et leurs professeurs, ces relations sont purement académiques, et encore. En effet, il arrive qu’un professeur ne connaisse pas tous ses étudiants, et ceci est probablement dû au nombre important d’étudiants, ce qui ne donne la chance ni aux professeurs de mieux connaitre les étudiants ni aux étudiants de connaitre leurs professeurs. Et pour ce qui est de notre futur, nous étudiants ambitieux, sommes venus à cette faculté en espérant faire un parcours exceptionnel mais nous réalisons vite la réalité des choses : ceci est malheureusement quasi-impossible avec le système de notation de la majorité des professeurs qui ne nous permet pas d’être acceptés dans les grandes écoles à l’étranger qui exigent souvent de très hautes moyennes – et ce, même en étant major de promotion. En effet, nous entendons souvent des professeurs répéter qu’ils ne mettent jamais une note plus que treize ou plus que quinze sur vingt… Comment pouvez-vous, chers professeurs, décider la plus haute note que vous allez mettre sans avoir même lu le contenu des copies qui se présentent devant vous ou des copies à venir? Pourquoi ne voulez-vous pas que vos étudiants excellent dans votre matière? Pourquoi ne voulez-vous pas qu’ils deviennent, tout comme vous, des références dans le domaine juridique après l’obtention de leur licence? Et pourquoi ne les aidez-vous pas en leur permettant d’avoir les notes qu’ils méritent?

 

En outre, à voir la chose de près, nous ne pouvons que penser que cette faculté est très nostalgique. En effet, les tables et les chaises sur lesquels nous travaillons sont les mêmes depuis au moins trente ans, contrairement aux autres facultés qui vont toujours vers le moderne en rénovant leurs salles, comme par exemple l’Institut des sciences politiques, qui est dans le même bâtiment que la faculté de droit, dans laquelle nous trouvons des chaises confortables et de nouvelles tables. Mais encore, faut-il oublier les micros? Aucun professeur ne les utilise parce qu’ils sont tous gâtés, ce qui fait qu’ils usent tous leurs voix, ce qui n’est pas pratique du tout lorsqu’ils donnent un cours pour une centaine de personnes… N’oublions pas non plus qu’il n’y a qu’une seule télécommande pour activer le climatiseur dans un même étage, ce qui fait que nous interrompons le cours à chaque fois afin d’attiser les corps étouffés par la canicule.

 

Enfin, nous ne pouvons passer outre les nombreux exploits qu’a connus la faculté de droit et des sciences politiques de l’USJ. En effet, comme l’a mentionné le Recteur Père Salim Daccach dans son discours à la Saint Joseph, il revient à la faculté de droit de l’USJ le mérite d’avoir « devancé d’autres institutions de l’USJ en installant une extension à Dubai, assumant ainsi la vocation régionale de notre Université ». De plus, la faculté de droit a publié l’édition arabe du code civil français, chose à laquelle nul n’avait pensé et en même temps chose très efficace. Ceci n’est pas sans oublier que cette même faculté a fondé en son sein l’Académie Berytus Nutrix Legum (Beyrouth, nourrice des lois), « afin de continuer l’œuvre prodigieuse de l’antique Ecole ».

En définitive, nous ne pouvons pas nier que la faculté de droit de l’Université Saint Joseph reste jusqu’à aujourd’hui l’une des meilleures -si ce n’est la meilleure- école de droit au Liban et au Moyen-Orient. Cependant, quelques détails lui échappent -des détails avec lesquels on pourrait la qualifier sans problème de faculté « parfaite ». L’accréditation -procédure à laquelle ont recours les établissements étrangers dans un Etat donné et qui recouvre les règles auxquelles ces établissement se soumettent volontairement- adoptée par l’extension de la faculté de droit à Dubai ne serait pas par hasard la solution à tous nos problèmes? Nous nous sommes longuement demandés pourquoi la faculté n’avait pas réagi avant : serait-ce une négligence de sa part? Ou est-ce que cela est dû à la passivité de ses étudiants?

 

Maria Aouad et Patricia Monayer

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