GEORGES ABDALLAH, ENTRE L’ASPECT JURIDIQUE ET LES INTERFERENCES POLITIQUES…

GEORGES ABDALLAH, ENTRE L’ASPECT JURIDIQUE ET LES INTERFERENCES POLITIQUES…

 

 

 

 

Il est l’un des plus vieux prisonniers politiques au monde, dépassant presque la durée de détention de M. Nelson Mandela. Georges Abdallah, militant révolutionnaire libanais servant actuellement sa peine dans les prisons françaises, agite autant la scène nationale que la scène internationale. Qui est donc cet illustre personnage qui fait tant parler de lui depuis plusieurs mois déjà? Quel est son parcours judiciaire et à quel point la politique et les relations internationales ce sont immiscées dans cette affaire judiciaire ?

 

Qui est Georges Abdallah ?

 

L’histoire de ce militant révolutionnaire est indissociable de celle de la guerre du Liban, et plus particulièrement de celle de l’invasion israélienne de Beyrouth en 1982.

Né le 2 avril 1951 à Kobayat dans le Nord du Liban, Georges Abdallah adhère d’abord au Parti National Social Syrien (PNSS) puis rejoint le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP). Les activités révolutionnaires d’Abdallah atteignent l’Europe à travers la Fraction Armée Révolutionnaire Libanaise (FARL), une petite guérilla marxiste-léniniste qui joua un rôle actif durant la guerre du Liban ; guérilla dont il devient le dirigeant. Sept attentats lui sont attribués entre 1981 et 1984, dont l’assassinat à Paris, le 18 janvier 1982 du lieutenant-colonel Charles Robert Ray, attaché militaire adjoint à l’ambassade des Etats-Unis en France, et celui de Yacov Barsimentov, deuxième conseillé à l’ambassade d’Israël, le 3 avril de la même année. Il est arrêté le 24 octobre 1984.

 

Le parcours judiciaire de ce militant révolutionnaire :

 

L’aura politique et le tourbillon médiatique qui entourent cette affaire tendent parfois à faire oublier son côté judiciaire primordial. Il est pourtant essentiel d’examiner l’affaire Georges Abdallah d’un point de vue juridique avant toute chose.

Abdallah est condamné une première fois le 10 juillet 1986 pour association de malfaiteurs et détention d’explosifs. Il sera jugé pour complicité d’homicide volontaire après la découverte, parmi les armes saisies dans un appartement qu’il avait loué, du pistolet qui aurait été utilisé pour les assassinats de Ray et Barsimentov. Il sera condamné au maximum, au-delà des réquisitions du procureur général : la prison à vie. On apprendra plus tard que l’avocat d’Abdallah renseignait la direction générale de la sécurité extérieure sur son client ; trahison qui constitue une première dans l’histoire de la justice française.

Depuis 1999, il peut prétendre à une liberté conditionnelle. Après l’échec de sept requêtes en ce sens, le Tribunal d’Application des peines (TAP)[1] accepte sa huitième requête de remise en liberté, Abdallah ayant été un prisonnier exemplaire et présentant toutes les garanties de réinsertion requises. C’est cependant la condition posée par le TAP qui s’avère problématique : l’extradition d’Abdallah au Liban. En effet, après que le Parquet se soit empressé d’interjeter appel, le Cour de Cassation rejette la requête d’Abdallah au motif que son extradition ne permettra pas la période d’un an de surveillance électronique obligatoire pour les condamnés à la prison à perpétuité. Dans tous les cas, le ministre  français de l’intérieur, Manuel Valls, a refusé de signer l’ordre d’extradition d’Abdallah usant de son pouvoir discrétionnaire en la matière. Le résultat de l’audience du 11 avril 2013 confirme le refus de libérer Georges Abdallah.

 

Quand la politique et les affaires étrangères s’en mêlent…

 

Bien que l’affaire soit effectivement une affaire juridique, nous ne pouvons nier que Georges Abdallah reste un « prisonnier politique ». Les interférences politiques non négligeables des différents Etats sont apparues à presque tous les stades de l’affaire. Les pressions des Etats-Unis d’Amérique et d’Israël (les victimes d’Abdallah étant des ressortissants de ces deux Etats) sont apparues au début du procès, demandant que la peine la plus lourde soit infligée à l’accusé. Ces pressions continuent aujourd’hui lorsque onze sénateurs américains signent une pétition qui s’oppose à la remise en liberté d’Abdallah. Les Etats-Unis justifient ce refus par leur crainte qu’ils jugent sérieuse qu’Abdallah rejoigne de nouveau le champ de bataille.

Il suffit de lire les inscriptions sur les murs du Centre Culturel Français à la Rue de Damas ; ou encore d’écouter les slogans et insultes que proches et partisans de Georges Abdallah scandent durant les manifestations devant ce Centre, pour comprendre que ce sont ces interférences qui sont dénoncées. On reproche ainsi à la France de se plier aux demandes américaines et israéliennes, et de céder à la pression exercée par les Etats-Unis.

 

Mais les décisions des cours françaises sont elles vraiment le fruit de ces interférences ? Ou sont-elles justifiées par des motifs de Droit irréprochables ? Quoiqu’il en soit, Georges Abdallah qui vient de fêter ses soixante-deux ans en prison semble condamner à finir ses jours dans les prisons françaises, au grand désespoir de ses proches au Liban.

 

 

 

 

 

Nicole Araygi


[1] Le TAP est la juridiction chargée de prendre certaines décisions concernant l’exécution des peines privatives de liberté. Son rôle est de tenter de concilier les intérêts de la société, des détenus et des victimes dans une optique de réinsertion sociale des condamnés, de minimisation des effets néfastes des peines d’emprisonnement et de protection de la société par la gestion des risques de récidive.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s