Crise identitaire et montée de l’islamisme

beryte

La montée de l’islamisme qui nous préoccupe tant n’est pas un phénomène nouveau. Simplement, cette montée semble avoir atteint aujourd’hui son paroxysme avec la montée en puissance de ce qu’on appelle l’Etat Islamique. Cette montée en puissance est notamment appréciée au regard du nombre toujours grandissant de membres que les organisations islamiques attirent. Pour la plupart d’entre nous, il est difficile d’envisager et de comprendre les raisons qui poussent tant d’hommes et même certaines femmes à rejoindre ces mouvements radicaux. Pourtant, on ne peut croire que l’adhésion se fait sans raison. Il semblerait que l’une des raisons majeures de cet enthousiasme pour ces mouvements est dû à la crise identitaire que vivent beaucoup des sympathisants et leur déception face aux systèmes en place. Il a en effet été remarqué que l’islamisme en tant qu’élément d’appartenance culturelle, représenterait pour beaucoup une réponse à la quête d’identité.

La mobilisation semble particulièrement facile chez les personnes qui vivent une crise identitaire, qui ne se reconnaissent pas dans leur société, comme par exemple les musulmans implantés en occident. C’est aussi fortement le cas chez les palestiniens qui vivent dans les camps: leur situation incertaine et instable semble particulièrement sensible aux théories et mouvements djihadistes. Ils se tournent vers l’islamisme pour se créer une identité, une appartenance communautaire qui pourrait répondre à leurs besoins.

Mais pourquoi ces personnes qui recherchent une identité ne trouvent-ils pas d’autres réponses à leur quête que celle de l’islamisme? Pourquoi d’autres conceptions de l’identité, telles le nationalisme ou le modernisme occidental, n’ont pas réussis à répondre à leurs besoins?

L’islamisme apparait souvent comme l’idéologie des exclus de la modernisation. Cette exclusion semble trouver sa source dans des systèmes sous-développés, corrompus et dépendants de l’extérieur, d’inégalités sociales marquées qui n’ont fait que s’aggraver avec la crise économique. L’attrait de l’islamisme n’a fait qu’augmenter face à l’incapacité flagrante des élites à reformer le système de façon efficace. En effet, ces élites ont un comportement paradoxal: d’une part elles tentent d’implanter un modèle économique « occidental », mais d’autre part  gardent en place un système politique plutôt traditionnel dans le but de conserver à tout prix leur mainmise sur le pouvoir, et incidemment sur les richesses. Ce paradoxe se traduit par un développement chaotique des sociétés, la mise en place de régimes despotiques, une incapacité à relever les défis du développement ainsi qu’à se défaire de leur état de dépendance. Ces systèmes politico-économiques pervertis n’ont fait qu’accentuer les inégalités socio-économiques, et sont de ce fait largement rejetés par les populations en général.

Les islamistes ont récupéré ce mécontentement à l’égard du système économique occidentalisé, mais ne se sont pas contentés de condamner le système économique: ils rejettent la modernité dans son ensemble, que ce soit son organisation économique ou sa philosophie et ses idéaux de droits de l’homme, de tolérance…  L’islamisme est présenté comme une valeur refuge: il attire un public indigné par les injustices régnantes en lui proposant une solution qu’il affirme trouver directement dans les textes islamiques. Seulement, pour pouvoir appliquer la solution, il faut commencer par débarrasser la société de ses perversions, et ceci ne peut être accompli que par un recours à la violence et le rejet total de l’autre.

Il n’en reste pas moins que les islamistes se présentent comme les détenteurs d’une solution à la détérioration du lien social et la montée de l’individualisme. Ils ont des associations et des organismes actifs qui présentent des prestations sociales venant combler l’incompétence des Etats. Ils ont donc réussi à présenter des structures sociales de protection et de solidarité sociale, prouvant par là que leurs idéaux et leurs méthodes sont meilleures que ceux des régimes en place puisqu’ils parviennent à réduire les injustices sociales et à pourvoir aux besoins de la population.

Les idéologies du nationalisme ou du panarabisme auraient pu présenter une réponse à la quête d’identité de ces personnes. Malheureusement, outre le rejet du modernisme occidental et de son modèle socio-économique, on observe chez les populations arabes une baisse de leur engouement pour ces idéologies. A part leur échec sur le plan de la politique étrangère (ils n’ont ni aboutit à la création de nations fortes ayant un rôle sur la scène internationale ni réussi à créer une entité régionale soudée et solidaire à l’exemple de l’Union européenne), ces idéologies déçoivent et sont rejetée du fait de leur assimilations aux pratiques étatiques autoritaires. Le discours national est aujourd’hui perçu par beaucoup comme une série d’incantations verbales et de promesses jamais tenues.  D’autre part, comme les islamistes ont récupéré certains grands thèmes du nationalisme, comme par exemple la cause palestinienne qui est redevenue une cause arabe et musulmane, le public peut continuer à soutenir ces causes tout en s’éloignant de la corruption de partis nationalistes décevants.

En définitive, si l’islamisme présente un tel attrait, c’est du fait de l’échec flagrant des systèmes politiques en place de répondre aux besoins des populations. Pour éviter que la région ne tombe complètement sous le joug de l’islamisme,  il est primordial qu’apparaisse un mouvement de reformes démocratique, de laïcisation de l’État, ainsi que l’instauration de justice sociale. Les élites en place doivent  travailler activement pour trouver des solutions aux problèmes de pauvreté, d’inégalité et d’injustice sociale. Elles doivent prouver leur bonne volonté, leur capacité à répondre aux besoins de leurs populations, et réussir à convaincre les exclus qu’il existe des alternatives à leurs problèmes qui ne comprennent pas la radicalisation et la violence. Ceci n’est pas impossible: nous le voyons avec la Tunisie. Nombreux sont ceux qui avaient sonné le glas de cet État, modèle régional aux niveaux de la laïcité et des droits de la femme, au moment de l’arrivée au pouvoir du parti Ennahda. Mais les dernières élections ont clairement montré qu’un passage par l’islamisme n’exclut pas un retour vers une tendance plus démocratique et laïque.

Shehrazade Yara Hajjar

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