“Mon” Liban et jamais “Notre” Liban

Symbole  de solidarité ou d'émiettement?
Symbole de solidarité ou d’émiettement?

Le succès des libanais a toujours été un succès individuel et rarement un succès collectif. Nous brillons à travers notre personne plutôt qu’à travers notre société. Nous avons des individus qui ont excellé au Liban et partout dans le monde mais nous n’avons toujours pas, par exemple, un Parlement apte à se réunir sans que ses membres ne finissent par s’insulter les uns les autres. Comment se fait-il que nous soyons aptes à accomplir les plus grands exploits quand nous travaillons seuls alors que nous n’avons pas eu un projet d’équipe qui a vu le jour ?

Cela est dû à notre mentalité et notre formation, nous n’avons jamais appris l’acceptation d’autrui et l’entraide. Nous n’avons jamais appris à nous concevoir comme une société, un peuple solidaire qui a les mêmes buts et travaille pour assurer un avenir radieux à son pays. Ça a toujours été le Liban d’un tel ou d’un tel et jamais le Liban des libanais à l’unanimité.

Cela est aussi dû à notre histoire. Nous ne pouvons pas nier le fait que les répercussions de notre guerre civile et des conflits passés nous ont gravement influencés. Nous vivons toujours dans le passé. Nous n’arrivons pas à tourner la page et recommencer en nous débarrassant de nos mauvaises habitudes, de notre mauvaise conception d’autrui. Les raisons remontent encore plus loin que la guerre civile : c’est la faillite et l’absence de notre État de droit qui nous pousse à nous concevoir non pas comme une collectivité mais comme des individus. Nous n’avons jamais reçu nos droits, même les plus naturels d’entre eux, ce qui nous a poussés à prendre des initiatives individuelles, prendre les choses en main et nous débrouiller sans l’aide d’un État pratiquement inexistant.

Même dans nos mouvements les plus libéraux qui ont pour but de combattre la corruption et de construire « Notre Liban » certains manifestants sont mus par leur appartenance politique et sont payés pour lever haut les noms de leurs chefs. Nous ne devons plus nous accrocher à nos chefs politiques, comme s’ils étaient nos seuls espoirs de progrès : ils ne sont que des ancres qui nous enfoncent de plus en plus dans le gouffre du passé, qui nous empêchent d’œuvrer à un avenir meilleur et nous lancer dans l’établissement d’un État digne de ce nom.

Les intérêts individuels et politiques ont toujours devancé l’intérêt commun, celui de remettre debout un pays qui a besoin de notre support et de nos efforts. Notre manque de confiance en ce que nous pouvons accomplir ensemble et notre intolérance de nos différences pousse chacun à avoir « Son » Liban et jamais « Notre » Liban.

Tatiana Lebbos

Etudiante en première année de droit

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