Des mendiants « différents »

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« Je me préparais pour l’opération de la semaine prochaine quand à ma grande surprise le médecin me dit que je devais procurer du sang pour l’hôpital pour remplacer celui dont j’aurai besoin pour mon opération! » s’exclamait  Sandra. « J’ai demandé à ma famille, mes voisins, mes amis, nous avons même lancé une annonce à la radio, pour satisfaire la demande et pouvoir faire mon opération ».

C’est ce système de remplacement qui domine les 116 banques de sang au Liban. Dans notre pays où le besoin est de 300 unités de sang par jour, où l’État est quasi absent et n’assume pas ses responsabilités, le fardeau tombe sur le patient qui doit « mendier » du sang pour pouvoir accéder à la salle d’opération.

L’hôpital a le sang dans sa banque, mais demande quand même au patient de lui ramener les unités nécessaires pour qu’il puisse les remplacer afin de garder des réserves en cas d’urgence. Ça pourrait être plus ou moins facile pour le patient qui en a besoin une seule fois à l’occasion d’une opération, mais les choses deviennent plus compliquées lorsque c’est un cas chronique, lorsque le patient a  le cancer, ou est thalassémiques, ou fait la dialyse. Malheureusement, c’est  le seul moyen dont dispose l’hôpital pour garantir que sa banque ne se vide pas dans un pays où le don volontaire de sang est très réduit. Le système de don volontaire du sang consiste à ce qu’une personne parte d’elle-même à l’hôpital pour offrir  son sang ou le donne lors d’une collecte mobile.

Le don de remplacement ne convient pas à l’éthique puisque le donneur pourra subir des pressions pour donner à une personne qui lui est chère. Il a même parfois tendance à mentir sur la durée d’un tatouage par exemple, ou sur le fait qu’il ait pris un médicament récemment ou sur son asthme pour pouvoir donner son sang et ne pas laisser son proche en besoin. Ce système de remplacement ne permet pas non plus aux hôpitaux de conserver un stock excédent de sang pour les cas d’urgence imprévisibles.

Toutefois, lorsqu’un événement tragique survient (attentat terroriste, crise naturelle…), les gens en colère mais impuissants, trouvent dans le don du sang un moyen efficace et rapide pour soutenir les victimes touchées par le désastre, et les banques de sang de la région concernée, dans les heures qui suivent le drame, sont bondées de personnes proposant leur aide. La plupart du temps les hôpitaux profitent de ces situations pour faire le plein de leurs banques puisque généralement le sang qui est pris doit subir des tests et ne pourra être utilisé avant quelques jours. Ceci n’est quand même pas suffisant et donc, comme dans tous les secteurs, ce sont les organisations non gouvernementales (ONG) qui viennent combler le vide étatique.

Plusieurs d’entre elles s’intéressent à la question,  mais l’ONG la plus efficace dans ce domaine est « Donner Sang Compter » (DSC), créée en 2009. « Notre but est de pouvoir parvenir au maximum de dons volontaires, par opposition aux dons de remplacement qui se font actuellement. Nous sommes conscients qu’il faut doubler, même tripler nos efforts chaque année pour parvenir à notre objectif» affirme Yorgui Teyrouz, fondateur et président de DSC.

Cette organisation qui a commencé avec une petite liste d’amis inscrits en tant que donneurs prêts à donner leurs sangs quand elle reçoit une demande, comporte aujourd’hui plus de 15 000 donneurs inscrits, et est munie d’un bus chargé de faire des collectes de sang et remplir les stocks des hôpitaux. DSC a pu à elle seule parvenir à couvrir 10% des besoins du sang au Liban et à augmenter le taux de dons volontaires de 4 à 10%, en dépit de tous les obstacles qu’elle affronte au quotidien, notamment le fait que la demande est bien plus élevée que les donneurs, les difficultés financières et logistiques, son manque d’autonomie quant au prélèvement du sang.

 « En plus de notre centre d’appel au bureau où nous recevons des demandes de sang, nous faisons un partenariat avec un hôpital pour chaque collecte. C’est l’hôpital qui récolte le sang mais nous sommes responsables de la procuration de tout le matériel nécessaire et de la préparation de l’événement. Nous avons jusqu’à maintenant aidé 22 hôpitaux »  ajoute Yorgui Teyrouz. C’est cette collecte mobile qui augmente le stock des hôpitaux pour qu’ils ne demandent plus autant de sang aux patients en besoin. DSC assure en moyenne 4 collectes par semaine en plus des activités éducatives dans les écoles pour promouvoir le don volontaire dans l’esprit des jeunes, futurs donneurs.

Une lueur d’espoir s’allume.

Il est de notre devoir à tous de participer à ce solidarisme citoyen sans attendre une crise nous incitant à le faire, parce qu’une unité de sang peut redonner l’espoir à une mère de rester plus longtemps avec ses enfants, et mettre le sourire aux lèvres d’un jeune qui pourra désormais  grandir et vivre sa vie.

Cet acte est purement héroïque; alors, qu’attendons-nous ?

 

Alice Bou Assi
Étudiante en quatrième année de droit

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