Le mirage de l’indépendance

12272710_10156253835020072_871762142_nUne brise se lève et survole le Levant, et le drapeau, désormais rouge vert et blanc, en ce 22 novembre 1943, virevolte au-dessus d’un Liban indépendant.

Reste à savoir indépendant de qui.

S’il est vrai que le mandat français s’est retiré en 1943 de nos 10 452 km2, il est vrai aussi qu’au fil des années, maints invités indésirables nous ont transformés en échiquier, aujourd’hui sans roi. C’est une vérité triste et pourtant commune puisque les petits Etats réussissent difficilement, pour ne pas dire jamais, à imposer leur souveraineté face aux intérêts des grandes puissances, et cette volonté d’autodétermination se complique d’avantage si l’Etat en question est un Etat récent. D’où l’hypocrisie de souhaiter à un libanais une joyeuse fête de l’indépendance lorsque son histoire ne s’illustre que par des occupations matérielles mais surtout immatérielles.

Parce qu’un Etat incapable d’élire un Président de la République à un intervalle de 5 ans de la commémoration centenaire de la déclaration du Grand Liban n’est pas un Etat indépendant.

Parce qu’un Etat incapable de cantonner sa force militaire en une seule et unique armée « invaincue mais non pas invincible [1]» n’est pas un Etat indépendant.

Parce qu’un Etat dont chaque pas est emboité par une volonté étrangère n’est pas indépendant.

Parce que tous les libanais ne veulent pas s’unir dans leur diversité afin de bâtir une seule Nation, qui protège tous les libanais face à tous leurs ennemis, et que le jour où nous auront une seule Nation dépend de la maturité des libanais.

Parce que les « parce que » ne finiront pas de pleuvoir.

Parce que la misère se jette dans les bras de l’abattoir et que le libanais rêvasse dans la chaleur épaisse du dépotoir de sa carence politique, culturelle et d’amour envers la PATRIE, le Liban est loin de devenir réellement indépendant, même s’il l’est officiellement.

Cette âcre vérité n’exclut cependant pas une autre : l’envie du libanais d’obtenir cette indépendance. Parce qu’un libanais, heureusement ou malheureusement pour lui, se fiche de Sisyphe et du désespoir : il a la nostalgie d’une indépendance qu’il n’a jamais eue, un peu comme d’une chanson des années en noir et blanc, un peu comme d’une histoire qui ravive des souvenirs d’enfant. Parce qu’un libanais chantera toujours « كلنا للوطن[2] » même s’il n’en connait que le premier couplet et même s’il ne réalise pas toujours ce que ça peut bien vouloir dire. Parce qu’un Etat non effectivement indépendant aurait dû disparaitre il y a longtemps. Pourtant, le Liban est toujours là. Et le libanais en est conscient. C’est la raison pour laquelle, tous les 22 novembre, il fête l’espoir d’avoir un jour une véritable indépendance.

Gaϊa Rizk

Étudiante en troisième année de Droit

[1] Cid de Corneille Acte II, scène 2

[2] Nous sommes tous pour la patrie (traduction littérale)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s