Débattre les droits de la femme, ne pas les abattre.

Des statistiques publiées par l’UNFPA (United Nations Population Fund) estiment que plus de 140 millions de filles ont été ou seront victimes de mariage précoce entre 2011 et 2020.

Le Liban est glorieusement classifié entre les derniers pays garants des droits de la femme. La représentation féminine est presqu’inexistante (moins de 4%) au Parlement Libanais. D’où l’importance de la journée du 8 mars, journée consacrée internationalement aux droits de la femme (bien qu’un nombre effrayant estimerait qu’il s’agit plutôt de « commémorer » la femme au même titre que n’importe quelle autre « cause »).

C’est avec l’intention de célébrer la lutte que mène la femme et de mettre au grand jour les droits dont, plus spécialement, la femme libanaise est privée, qu’ont été organisées par le Club Libanais de Débat, le Club des Droits de la Femme en collaboration avec Béryte, L’Écho des Cèdres et la Bibliothèque de la FDSP des joutes oratoires autour de la situation de la femme libanaise sur les différentes échelles sociale, politique, économique.

 

L’évènement a été lancé avec un « mini » débat opposant Antoine Abdel Wahed à Marilyne Khoury au sujet de l’utilité de la distinction entre les jouets pour filles et les jouets pour garçons au sein des magasin/rayons de jouets.

Le débat s’est poursuivi avec pour second sujet : la mise en place d’un congé de paternité. Les défenseurs de cette idée ont soutenu que l’enfant naît (évidemment) d’un père et d’une mère. Négliger le rôle du père dans le développement et l’éveil de l’enfant serait injustifié. La responsabilité qu’est d’avoir un enfant, ressentie par les deux parents, doit être subséquemment partagée. Un tel congé permettrait en outre d’éliminer l’idée traditionnelle que seule la mère doit s’occuper des enfants exemptant le père de cette tâche. Mme Leila Rizk, directrice de la Bibliothèque, a signalé qu’un tel partage de responsabilités entre les parents doit exister et s’accompagner d’un partage sur la scène du travail, des dépenses et bien entendu d’une entente perpétuelle entre les deux partenaires.

En contrepartie, les opposants ont fait valoir qu’un congé de paternité serait vidé de sens vu que seule la mère devrait s’occuper de ses enfants et ceci découle du partage biologique et social des rôles que prennent l’homme et la femme. L’homme quant à lui doit assurer les fonds nécessaires à la vie quotidienne de sa famille.

En Europe, une telle question n’est presque plus d’actualité. Il faut s’avérer plus patient vis-à-vis du Liban et de l’ensemble des pays arabes.

 

Un second exercice oratoire a porté sur la parité homme-femme opposant Lara Afif à Liwaa Tarabay. Liwaa a, en effet, avancé que la femme est plus organisé que l’homme, plus créative. En outre, si une femme se présenterait sur le terrain politique, elle servirait de « Role Model » pour le reste des femmes les poussant à se réveiller de leur coma politique et à s’activer à l’ensemble du « decision making ». (Ne sois pas belle et vote !)

Lara Afif, pour s’opposer à son adversaire, a choisi une approche plus caricaturale selon laquelle les femmes ne savent pas conduire et on ne peut que les blâmer pour les différents accidents routiers. Du coup, il serait logique qu’elles n’arrivent jamais à temps au Parlement par exemple et causeraient probablement en route la mort d’autres députés. Lara a aussi fait remarquer que l’homme a des capacités que la femme n’a pas (un homme pourrait lancer une chaise lors d’une conférence bien plus facilement qu’une femme, il ne faudrait pas se mentir…).

À la fin de ce débat, Anthony Abi Dib, co-président du Club Libanais de Débat, a d’autre part la parité doit être perçue comme un moyen et non une fin en soi contrairement à ce que certains pensent.

D’ailleurs, il faudrait se demander si la question de la parité est une question de satisfaction des droits de l’Homme ou si elle découle du fait que la femme pourrait effectivement changer les choses à l’échelle nationale.

Mme Rizk a présenté par la suite la notion de quota comme étant une étape intermédiaire pour parvenir à la parité. Un quota peut constituer un paramètre limitatif (un tiers de femmes au Parlement par exemple ; situation qui est tout de même plus favorable que la situation libanaise actuelle avec 2 ou 3 femmes au Parlement…).

« Une parité dans le domaine du travail est avant tout nécessaire » a avancé Valérie Kasparian, rédactrice en chef deBéryte, L’Écho des cèdres. C’est là où, selon elle, une parité serait incontournable dans le but d’instaurer progressivement une égalité de chances entre les deux sexes.

En effet, lors d’une entrevue d’embauche, être du sexe féminin fait automatiquement perdre des points du fait que les employeurs ont peur que les femmes embauchées viennent avec le ventre rond quelques mois plus tard…

L’évènement a pris fin avec un plateau télé fictif accompagné d’une discussion concernant le droit de la femme de transmettre sa nationalité (question mythique qui traine depuis 1920).

Marilyn Hajj, co-présidente du Club des droits de l’Homme, a insisté que ce droit est inhérent à la femme vu que c’est la femme qui porte en elle les traditions. C’est elle qui transmet l’identité et la culture libanaise à ses enfants, en dépit de ce qui est inscrit sur leurs passeports. Or, avec la situation actuelle, des enfants de père libanais sont considérés libanais alors que des enfants de mère libanaise, qui ont une plus grande tendance à être imprégnés par la culture du Cèdre, ne le sont pas.

Valérie a ajouté que l’ « excuse politique » qu’est la peur d’un déséquilibre démographique  pourrait être réglée par différents mécanismes juridiques sans avoir à ôter à des citoyennes des droits qui sont, et bien, de leur droit !

Safa Sabri s’est outrée contre cet usage de la femme comme « outil » pour préserver l’équilibre démographique (c’est bien plus simple de faire peser le poids de l’échec  de la politique interne sur les épaules de la femme).

Ali Kantari a révélé qu’un travail de terrain auprès des réfugiés syriens a démontré que ces derniers n’étaient aucunement intéressés par la nationalité libanaise. Ils aspiraient majoritairement à rentrer chez eux (Chose qui semble étrange. Pourquoi refuser tous les bénéfices qu’octroie la nationalité libanaise ? Je ne saurais toutefois dresser la liste…).

Mme Rizk a finalement noté qu’il ne s’agit pas uniquement d’une lutte pour la femme. On a grande tendance à oublier les enfants qui se trouvent très injustement privés de leurs droits les plus fondamentaux notamment l’éducation, la santé et l’accès à bon nombre de professions.

 

Et vous, si silencieux, qu’en pensez-vous ? Êtes-vous même d’accord qu’il y ait une journée internationale pour les droits de la femme ? Sommes-nous une cause, un slogan de lutte, le second sexe ? Ou s’agit-il d’un hommage aux droits bafoués de la femme et non pas la femme en tant que telle ?

Marilyn Hajj

Co-présidente du club des droits de l’Homme

journee de la femme

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2 réflexions au sujet de « Débattre les droits de la femme, ne pas les abattre. »

  1. « En Europe, une telle question n’est presque plus d’actualité. Il faut s’avérer plus patient vis-à-vis du Liban et de l’ensemble des pays arabes. »

    Hélas… C’est bien résumé.
    Cependant les femmes du monde arabe sont de plus en plus actives et font entendre leurs voix ! Et de plus elles ont l’intelligence de le faire plus qu’une seule journée par an ! Donc patience patience..

  2. Bonsoir, c’est Liwaa Tarabay. J’aimerai tout d’abord exprimer mon admiration pour cet évènement dans notre fac! Et, j’aimerai apporter des précisions quant à la partie de l’article qui relate ce que j’ai dit dans le cadre du jeu oratoire auquel j’ai participé lors de cet évènement. En effet, je devais plaider en faveur de l’instauration de la parité homme-femme et la logique même du jeu implique la nécessité de donner des exemples illustratifs dans le but de consolider l’argument que nous sommes obligés de défendre. « la femme est plus organisée que l’homme, plus créative » en fait j’ai dit ceci en ne faisant que se référer à certaines études scientifiques qui ont affirmé ceci. (Juste pour donner de la consistance à mon argument et le faire prévaloir sur mon adversaire). Mais mon point de vue personnel est que les deux, l’homme et la femme, sont dotés des mêmes capacités et facultés et tous les deux sont nécessaires au bon fonctionnement du social, de la politique et du juridique. Et, tous les deux ensemble, peuvent contribuer à la promotion des droits de la femme là où ils sont bafoués.

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