Un acteur humanitaire face à la crise syrienne

La Croix Rouge Libanaise est généralement connue pour les services médicaux qu’elle apporte sur tout le territoire Libanais. Une urgence ? Un accident ? La croix rouge est toujours notre repère. Pourtant, le domaine de la société nationale ne se limite pas uniquement à cela. En effet, nous allons vous présenter une différente approche des services de la Croix Rouge Libanaise, une approche humanitaire, de gestion et d’adaptation aux crises qu’adopte leur unité de gestion des crises « Disaster Management Unit ».

Depuis le début de la crise syrienne, le Liban a été l’un des principaux pays d’accueil des réfugiés. Des flux de personnes déracinées de leur pays pour les raisons de guerre sont arrivés au Liban, recherchant un abri. Comment avons-nous réagi face à cette crise ? Avons-nous su gérer la situation de manière humanitaire et pragmatique ? Mazen Yachoui, chef du projet « Water, Sanitation and Hygiene » (WASH), nous éclairera sur les aménagements que les projets de la Croix Rouge libanaise ont prévu en vue d’adapter autant que possible le territoire à la crise, et assister les réfugiés de la façon la plus humanitaire possible tout en répondant à leurs besoins.

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Qu’est ce qu’un réfugié ?

Selon la définition du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés : « Les réfugiés sont des personnes qui ont quitté leur pays parce qu’ils y ont été victimes de persécution ou parce qu’ils risquaient de l’être. »

La Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, crée des obligations à l’égard des pays contractants en ce qui concerne leurs relations avec les réfugiés et leur devoir de les accueillir et de se charger de leur aménagement. Bien que les grands pays aient ratifié cette Convention, le Liban ne l’a pas fait  alors qu’il est l’un des pays qui reçoit le plus grand nombre de réfugiés.

Pouvez-vous nous présenter  le « Disaster Managemet Unit » et ses projets ?

Le « Disaster Management Unit » a différents projets dont la restauration des liens familiaux «  Restoring family links » qui se charge d’aider les personnes qui ont perdu contact avec leurs familles pour des cas de force majeure, la réduction du risque de crises « Disaster Risk Reduction » qui a pour but de limiter les dommages des catastrophes naturelles et humaines en formant et éduquant la population mais qui n’est pas vraiment très développé au Liban. Le programme de soutien psychologique « Psychological support program »  est une branche commune à tous les projets, qui met en avant les relations avec les patients et les moyens de communication de façon à les aider non seulement matériellement mais aussi moralement.

Le projet WASH, quant à lui,  se charge d’assurer l’emploi sanitaire de l’eau et l’hygiène dans le camp des réfugiés. Ce projet a pour but principal de réduire la propagation des infections dans les camps et ce en assurant l’accès à l’eau potable, l’accès aux toilettes, la gestion des déchets  afin de créer un environnement non propice à la prolifération des maladies infectieuses. Ce projet ne se limite donc pas uniquement à assurer l’eau aux réfugiés mais aussi à leur enseigner les modes d’utilisation et de gestion de  l’eau afin de conserver le taux d’hygiène demandé. Les travaux issus du projet – assurer  l’accès à l’eau, équiper les camps de toilettes, isoler tout environnement propice à la prolifération de bactéries – sont donc tous liés pour assurer un triple objectif : «Water, Sanitation and Hygiene »c’est-à-dire l’eau, les installations sanitaires et l’hygiène.

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Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Vu que le Liban n’avait pas l’intention initiale ainsi que la capacité d’accueillir ce flux de réfugiés syriens et se considérait incapable de leur venir en aide, aucun camp officiel commun pour tous les réfugiés n’a été mis en place. De ce fait, ils se sont répartis sur tout le territoire libanais formant des habitations informelles – en anglais, « Informal tented settlements » (ITS) – sans  se concentrer dans une même région et dans un seul camp. Cet éparpillement d’ITS rend notre tâche plus difficile dans la mesure où chaque camp a ses propres obstacles : certains camps rencontrent des difficultés territoriales, d’autres ont un problème d’accès à l’eau. Nous  sommes donc chargés de veiller au bon fonctionnement de ces différents aménagements. Le contact d’aide et de secours entre notre département et les réfugiés est buissonnant alors qu’il aurait pu être unique.

De plus, le problème principal chez nous Libanais a toujours été un manque de stratégie. Nous n’avons jamais su exploiter les opportunités, ni trouver le bon côté des choses. La présence des réfugiés est sans doute nocive à un territoire qui voit ses ressources s’épuiser , mais nous aurions pu « prendre la situation en main » et organiser la répercussion de la crise Syrienne sur notre pays en profitant par exemple de l’excès de main d’œuvre,  ou même en assurant aux réfugiés des produits locaux ravivant ainsi notre secteur industriel. Cela n’a malheureusement pas été entrepris ce qui est probablement dû à notre hostilité envers les Syriens.

Quels sont les points forts du « Disaster managemet Unit » ?

En une durée de 2 ans nous avons énormément progressé et je suis fier de dire que nous avons aménagé les meilleures implantations au Liban. Nous nous caractérisons également par nos volontaires qui veillent à comprendre les besoins des réfugiés et leurs problèmes pour améliorer notre performance et nos aménagements. Nous ne nous limitons pas uniquement à assurer une aide matérielle aux réfugiés mais nous nous basons également sur les rapports humains. Nous gardons le contact avec eux pour mieux comprendre leurs besoins et leurs demandes, nous leur faisons sentir qu’ils sont inclus dans notre mission , qu’ils ont une certaine autorité et que nous sommes là pour les écouter et ce pour éviter qu’ils soient envahis par le sentiment de passivité et d’oisiveté qui mèneront nécessairement à la violence.

Je pense que le volontariat est l’une de nos principales qualités, je ne pense pas qu’un salarié mènera son travail jusqu’au bout, au soleil avec de pauvres réfugiés, s’il n’a pas la conviction qu’ont nos volontaires. J’encourage chaque étudiant universitaire de se consacrer au volontariat, surtout aux services de la Croix Rouge Libanaise.

Quel a été l’apport personnel de ce poste de travail ? Vous avez un diplôme d’ingénieur, comment appliquez vous vos connaissances dans ce domaine humanitaire ? Ce poste  de travail était-il un choix ou un simple hasard ?

Mon poste à WASH n’était pas mon premier poste de travail, j’ai en effet travaillé ailleurs avant de l’occuper. J’insistais sur le fait que mon travail ne soit pas un travail purement technique, je suis plutôt une personne de terrain. Ce travail m’a donc plu parce que je visitais fréquemment les camps pour remplir mes rapports et rendre nos projets plus efficaces. J’ai gagné une expérience formidable et ce dû au contact avec des étrangers, aux formations et aux opportunités qui se sont présentées. Ce sont des atouts que je n’aurais pas acquis dans une position purement technique d’ingénieur.

Alors que mon poste est plutôt un poste de gestion, ma logique d’ingénieur m’aide quand même beaucoup dans mon travail. J’ai une approche différente de toutes nos interventions. Je pense toujours au côté écologique de nos projets, j’étudie les conséquences de nos implantations, je veille par exemple à ce que les tuyauteries et les toilettes que nous instaurons n’aient pas un impact nocif sur  l’environnement en utilisant une quantité minimale de fer ou en veillant à la bonne gestion de l’eau.

Je n’ai peut-être pas le « prestige » de la position d’ingénieur, d’avocat ou de médecin que nos parents veulent pour nous dans cette société, d’ailleurs ma grand-mère me demande toujours si je suis bien payé ou si je travaille uniquement sur une base de volontariat, mais je suis satisfait d’avoir pu joindre les deux bouts : technique et humanitaire. Ce qui compte vraiment, c’est d’aimer bien son travail et de s’y acharner de tout cœur, et c’est ce que j’ai trouvé dans mon poste à WASH.

Les différents projets et exploits que la Croix Rouge est en train d’accomplir ainsi que le nombre de volontaires qui sont prêts à faire part de leurs services pour des causes humanitaires nous permettent de  toujours garder  une lueur d’espoir, une foi en l’humanité qui, en fin de compte, n’a pas totalement disparu.

Tatiana Lebbos

Étudiante en première année de droit

« Ce que je regrette dans le travail humanitaire, c’est le fait qu’une personne démunie n’est qu’une matricule parmi tant d’autres » – Mazen Yachoui, chef du projet WASH

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