Les Combats du Pape François: La Réforme de la Curie Romaine

Le Pape François entame une nouvelle étape de réforme vaticane en mettant à nu tous les vices qui habitent le clergé romain. Le combat qu’il mène afin de rénover l’Eglise se heurte à des obstacles qui ne suffisent cependant pas à le détourner de sa tâche.

« Le Verbe s’est fait chair, Il a habité parmi nous » (Jn, 1)

 

Le Fils de Dieu est devenu homme, il a pris corps. Il est devenu sang et chair, sentiments et amour infini, pitié et miséricorde, mais non péché.
Et en quittant ce bas monde, le fils de Dieu nous a laissé son corps, c’est l’Eglise.
L’Eglise est le corps du Christ[1], elle n’est pas une association d’assistance, culturelle ou politique, mais elle est un corps vivant, qui marche et agit dans l’Histoire[2].
Et le corps est en constant renouvellement, en constant changement, le corps est fait de cellules qui meurent et naissent à chaque instant.
Il est important de savoir que chaque fidèle, laïque ou clerc, est une cellule vivante de ce corps, et que sa mort certaine n’est pas la mort de tout le corps, mais la naissance d’une autre cellule qui remplira la tâche de celle qui l’a précédé, à travers les enseignements laissés et l’exemple donné. Il est aussi important de savoir, que chaque organisme comporte des centres de contrôle, de régulation, et une hiérarchie dans les cellules qui ordonne le travail de celles-ci et délivre un résultat harmonieux. Il en est ainsi de l’Eglise à la tête de laquelle se trouve le Christ, ensuite vient le Pape et les différents patriarches, chefs des communautés religieuses à l’image des apôtres de Jésus, puis les cardinaux, évêques, prêtres et ainsi de suite jusqu’à la base de cette hiérarchie, le peuple de Dieu.
Cette part humaine du corps du Christ est constamment frappée de maladies qui la rongent, qui nous rongent à nous fidèles ainsi que nos prêtres, cardinaux et papes.

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Le pape François s’adresse à la Curie romaine, le 22 décembre 2014.

C’est ce que sa Sainteté a affirmé dans sa présentation des vœux de Noël à la Curie romaine le 22 décembre 2014, dans son fameux discours des 15 maladies. Le Pape François, aujourd’hui chef de l’Église catholique, avait ainsi pointé du doigt tous les vices qui habitent le clergé romain, entamant par là une nouvelle étape de sa réforme vaticane, étape qui choqua certains cardinaux par la franchise du diagnostic dévoilant les maux de bon nombre d’entre eux.

C’est ainsi qu’il fut question de :

La maladie de celui qui se sent « immortel », « immunisé » ou tout à fait « indispensable »[3] , le Pape invitant les cardinaux à visiter un cimetière comme remède à cette pathologie.

La maladie du « marthalisme » (qui vient de Marthe) ou l’activité excessive[4], face à laquelle un repos et des moments de ressourcement spirituel et physique sont nécessaires.

La maladie de la « pétrification » mentale et spirituelle[5] par laquelle les membres de la Curie deviennent des « rois du formulaire » et non « des hommes de Dieu »[6].

La maladie de la planification excessive et du fonctionnarisme[7], car selon le Pape, tout bien préparer est nécessaire mais il ne faut jamais succomber à la tentation de vouloir enfermer ou piloter la liberté de l’Esprit Saint[8], la maladie de la mauvaise coordination[9].

La maladie d’« Alzheimer spirituelle », c’est-à-dire l’oubli de « l’histoire du salut », de l’histoire personnelle avec le Seigneur, du « premier amour »[10].

La maladie de la rivalité et de la vanité[11] , la maladie de la schizophrénie existentielle, qui est celle de ceux qui ont une double vie, fruit de l’hypocrisie typique du médiocre et du vide spirituel progressif que les diplômes et les titres académiques ne peuvent combler[12].

La maladie de la rumeur, de la médisance, et du commérage[13], la maladie qui consiste à diviniser les chefs[14], la maladie de l’indifférence envers les autres[15], celle du visage lugubre de personnes bourrues et revêches, qui estiment que pour être sérieux il faut porter le masque de la mélancolie, de la sévérité, et traiter les autres – surtout ceux que l’on considère comme inférieurs – avec rigidité, dureté et arrogance[16].

La maladie qui consiste à accumuler, dont souffre l’apôtre qui cherche à combler un vide existentiel dans son cœur en accumulant les biens matériels, non pas par nécessité, mais seulement pour se sentir en sécurité[17].

La maladie des cercles fermés, quand l’appartenance à un petit groupe devient plus forte que celle au Corps et, dans certaines situations, au Christ lui-même[18], et finalement la maladie du profit mondain et des exhibitionnismes[19].

Il y a de quoi faire frémir le plus robuste des cardinaux, et certains membres de la Curie n’ont pas caché leur mécontentement après ce qui a été qualifié comme une attaque au vitriol de la part du Pape. Mais, année de la miséricorde oblige, le Pape a donné dans ses vœux de Noël de décembre 2015, vingt-quatre remèdes à ces maladies, antibiotiques de la foi, et nous en citons : le caractère missionnaire et pastoral, l’exemplarité et la fidélité, la charité et la vérité, l’honnêteté et la maturité, la fiabilité et la sobriété[20] . Le Pape est médecin, berger, guide, mais surtout réformateur aussi bien dans son style que dans ses méthodes de travail.
Dans un entretien, le père Charbel Chahine, supérieur du couvent Saint Antoine le Grand à Beyrouth a affirmé que « la chrétienté n’est pas seulement une religion, mais un style de vie, une prédication, un témoignage ». Le père Charbel a aussi ajouté que « l’Eglise est regardée comme devant refléter ses enseignements, autant par les fidèles que par les non-chrétiens ».
C’est en effet dans cette optique que le Pape œuvre pour appliquer au clergé ce que ce même clergé prêche et pour faire en sorte que l’Eglise remplisse vraiment son rôle de modèle des valeurs chrétiennes.
« La réforme du Pape François est le fruit d’un travail acharné qui a commencé dès le pontificat de Saint Jean-Paul II », ajoute le père Charbel, « et l’Eglise, semblable à un corps malade ayant subi une opération, doit se voir accorder une période de convalescence pour que la guérison soit totale ».

Plus de 3000 comptes ont été fermes et les magistrats italiens auront désormais la possibilité d’obtenir des commissions rogatoires dans le cadre d’enquêtes judiciaires.

Aujourd’hui, l’Eglise est toujours sous l’effet des électrochocs du Pape François, et l’administration de médicaments ne devrait pas s’arrêter de sitôt.
Le traitement du Pape-docteur François a commencé avec la création d’un « conseil pour l’économie », façon de mettre l’accent sur la gestion collégiale des affaires de l’Eglise. Et ce conseil là, dans sa dernière action, a confié à la société internationale d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC) la révision externe du bilan financier consolidé du Vatican. La réforme financière avait en effet débuté par un nettoyage des comptes de l’Institut des œuvres religieuses, communément appelé Banque du Vatican, ce qui avait dévoilé la présence de mafias et d’un réseau de blanchiment d’argent, créant un tollé au sein de l’opinion publique internationale. Plus de 3 000 comptes ont été fermés et les magistrats italiens auront désormais la possibilité d’obtenir des commissions rogatoires dans le cadre d’enquêtes judiciaires[21].

De plus, dans un entretien publié dans Libération, Giacomo Galeazzi, vaticaniste au quotidien italien La Stampa affirme que « la Curie a déjà beaucoup changé dans le style […] par exemple, les cardinaux ne roulent plus en grosses berlines. Quant à la réforme proprement dite, elle est en marche et devrait bientôt voir le jour »[22].

Le Pape veut une Eglise plus décentralisée.

Dans les grandes lignes, la nouvelle organisation du Vatican devrait être, selon les souhaits pontificaux plus transparente, collégiale, efficace et ramassée. Au lieu de vingt dicastères (les organes de la Curie) aujourd’hui, l’administration devrait s’organiser autour de huit ou neuf entités. «Il y a aujourd’hui énormément de doublons et 54 évêques chargés de tâches administratives, c’est beaucoup trop», souligne Galeazzi, affirmant que «le pape veut une Eglise plus décentralisée»[23].

La réforme… a atteint le règlement intérieur de certains ordres religieux, dont l’Ordre Maronite Libanais.     

Parlant de décentralisation, la réforme du Pape François a atteint le règlement intérieur de certains ordres religieux, dont l’Ordre Maronite Libanais. Ainsi et pour revenir à l’entretien avec le père supérieur Charbel Chahine, il a été demandé par le Vatican de modifier le règlement par lequel les moines sont nommés à des postes de gestion administrative, notamment celui de supérieur de couvent. Il est ainsi désormais interdit à un moine de rester plus de trois ans à la tête d’un couvent ou d’un monastère, avec la seule possibilité de renouveller une fois seulement son mandat et ce pour trois années.
Les directives venant de Rome mettent désormais l’accent selon le père supérieur Chahine sur l’importance de la transparence dans la gestion du patrimoine de l’Eglise, la promotion de jeunes moines à la tête de couvents et leur nomination à des postes clés dans les ordres et la circulation des responsabilités entre les membres d’un même ordre.
Le Pape François a aussi accentué les responsabilités des nonces apostoliques, qui se voient aujourd’hui tenus de la transmission de formulaires à remplir par les responsables locaux de l’Eglise catholique, patriarcats, évêchés, ordres religieux sur tous les sujets intéressant leur administration et leurs devoirs envers les fidèles. Et, fait à noter, le Saint Siège a récemment prit la décision de démettre l’évêque de Sidon de ses fonctions après des problèmes survenus au sein de l’évêché.

Face à cette détermination du Pape François, les obstacles ne manquent pas. L’affaire « Vatileaks 2 » a été particulièrement déstabilisante pour le Pape. En effet, il a été question de fuite de documents confidentiels sur des frasques financières au sein du Vatican. Sur le banc des accusés, cinq personnes : deux journalistes d’investigation mais surtout, Mgr Vallejo Balda et Francesca Chaouqui, tous deux membres de la commission préparatoire à la réforme économique et financière de la Curie ainsi que Nicola Maio, collaborateur de Mgr Balda. C’est l’équipe même du Pape qui est ébranlée et pourtant, le Saint Père ne baisse pas les bras et affirme « ce triste fait ne me détourne certainement pas du travail de réforme qui va de l’avant avec mes collaborateurs et le soutien de vous tous »[24]. Les journalistes en question avaient considéré que leur travail d’investigation pouvait être bénéfique au Pape et protestaient contre les poursuites intentées par le Vatican. Face à ceci, le Pape a catégoriquement réaffirmé que « faire publier ces documents a été une erreur. C’est un acte déplorable qui n’aide pas »[25]. Ainsi, et selon le père supérieur Charbel Chahine, l’Eglise catholique et le Pape possèdent une vision particulière de la justice, imprégnée des enseignements évangéliques. Celle-ci ne saurait être considérée seule, sans la miséricorde qui équilibre le jugement de la loi et surtout ouvre la voie au repentir des personnes. De là, il est essentiel pour l’Eglise de ne pas condamner directement certaines personnes à travers la presse ou tout autre moyen mais de leur laisser une chance de se repentir avant de procéder à un jugement.

Deux obstacles se sont aussi dressés devant le projet papal :

Le premier remonte au 5 octobre 2015, peu avant l’ouverture du synode sur la famille, avec le « coming out » de Mgr Charamsa qui déclara publiquement ce jour-là son homosexualité et qui pouvait conditionner lourdement les pères synodaux.

Le second a la forme d’une lettre réservée au Pape, signée par 13 cardinaux et rendue publique le 11 octobre 2015, qui dénonçait le caractère peu démocratique du déroulement du synode[26].
Est-ce une stratégie de déstabilisation ?
Ce qui est sûr c’est que le Pape n’est pas moins déterminé à faire son devoir moral envers le Christ et les fidèles dont il est le chef spirituel. La réforme ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, même si elle doit coûter au Pape sa santé et -à Dieu ne plaise- ses jours.

Nicolas Ghosn

Etudiant en 2ème année de Droit

[1] Concile Vatican II.
[2] Pape François, audience générale, 19 juin 2013.
[3] Pape François, discours des 15 maladies, 22 décembre 2014.
[4] Ibid.
[5] Ibid.
[6] Ibid.
[7] Ibid.
[8] Ibid.
[9] Ibid.
[10] Ibid.
[11] Ibid.
[12] Ibid.
[13] Ibid.
[14] Ibid.
[15] Ibid.
[16] Ibid.
[17] Ibid.
[18] Ibid.
[19] Ibid.
[20] Pape François, présentation des vœux de la Curie romaine, 21 décembre 2015.
[21] http://www.liberation.fr/planete/2015/10/12/un-pape-d-enfer_1402605
[22] Ibid.
[23] Ibid.
[24] http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Le-pape-va-poursuivre-les-reformes-malgre-le-nouveau-Vatileaks-2015-11-08-1377944
[25] Ibid.
[26] http://tempsreel.nouvelobs.com/vatican/20151103.OBS8784/un-nouveau-vatileaks-ce-que-l-on-sait-du-scandale-financier-qui-ebranle-le-vatican.html

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