Prisons libanaises, la vérité

 

Les conditions de vie au Liban ne sont pas les meilleures, même pour les citoyens les plus aisés. Je ne vais pas vous citer tous nos ennuis, vous les vivez déjà quotidiennement, mais je vais quand même vous pousser à réfléchir à ce problème : si nous, des Hommes en liberté, nous plaignons de nos conditions de vie et des infrastructures de notre pays, imaginez ce que doivent vivre les détenus dans les prisons libanaises.

 

Ces Hommes vivent dans la misère, dans des conditions piteuses, et sont privés de leurs droits les plus basiques. En effet, contrairement à ce que pense l’opinion publique, ils ont bel et bien des droits. Même s’ils ont commis des infractions pour avoir été incarcérés, ils doivent toujours être traités comme des Hommes et non comme des bêtes sauvages. Leur avoir ôté leur liberté est déjà une sanction assez lourde.

 

Tout d’abord, au Liban, 5598 individus ont été emprisonnés pendant l’année 2014 selon les statistiques de l’ONG “Alef”. 63% de ces 5598 prisonniers n’avaient même pas encore été jugés. Ce nombre est particulièrement élevé au Liban, ce qu’explique Alef dans son projet guilty until proven innocent. Pourquoi ce titre ? Dans le Pays du Cèdre, la présomption d’innocence est loin d’être respectée : tout accusé est présumé coupable et est immédiatement incarcéré, ce qui va clairement à l’encontre des principes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

 

Cette incarcération prématurée est l’une des causes principales de la surpopulation des cellules libanaises : en effet, la prison de Roumieh, la plus connue du Liban, avait été conçue au départ pour accueillir environ 2500 prisonniers. Or, et avec les mêmes infrastructures qu’à sa construction, son effectif atteignait les 3500 âmes en l’an 2014[1]. Les prisonniers sont entassés dans les cellules, et vous imaginez bien les nombreux problèmes d’hygiène, de santé et de confort que cela doit causer.

 

Ces problèmes ont d’ailleurs été abordés dans une étude qu’a réalisée le Comité International de la Croix Rouge (ICRC). Cette étude a produit une longue liste de points négatifs, comprenant notamment le manque d’établissements pénitentiaires au Liban favorisant l’entassement des prisonniers, le triage des prisonniers non respecté, le “manque d’aération », les “odeurs nauséabondes”, etc. Ce comité a proposé de nombreuses solutions à ces problèmes, avec 1 million de dollars de budget alloué à l’amélioration des conditions de vie des prisonniers en 2015, et certaines initiatives qui ont déjà été prises comme la réparation du système de ventilation de la prison militaire de Rihaniyeh, etc…

 

Le traitement des détenus par les gardiens représente aussi un problème majeur dans les établissements pénitentiaires du Liban. Carla par exemple, 26 ans, arrêtée pour possession de drogue en 2010, a été battue et mise dans la position du farrouj (du poulet), suspendue par les pieds, les mains liées à une barre métallique entre les genoux. Elle raconte ce qu’elle a subit : «  Ils m’ont  battue jusqu’à ce que je saigne. […] Ils ont refusé de permettre à ma mère de me voir. Je suis restée seule dans une cellule de confinement pendant 5 jours. Ils m’ont fait signer des papiers dont je ne connaissais pas le contenu vu qu’ils m’avaient bandé les yeux. […] Je les ai suppliés de m’acheter mes médicaments et leur ai même montré ma prescription, mais ils ont refusé et ils ont continué à me battre. »

 

De même pour Nabil, 32 ans, arrêté pour consommation de drogue en 2008 et emmené à la station de police de Zahlé, où il a subi des événements vraiment cruels :

« J’ai été battu pendant environ une heure. L’officier de police qui me battait me répétait son nom, me disant de ne jamais l’oublier. Je ne l’ai jamais oublié. […] Après l’enquête, j’ai été emmené dans une cellule avec un autre homme. Un officier nous a demandé comment nous aimions notre café. L’homme a dit qu’il l’aimait noir, et j’ai répondu que je le préférais sucré. Il  dit à l’autre officier :

– « l’un l’aime amer, et l’autre le préfère sucré. Je leur offre quoi ? »

C’est là qu’ils nous ont pris dans une autre cellule où ils nous ont battus à nouveau.

Le jour suivant, j’ai entendu un autre officier dire :

– « les gars s’ennuyaient, ils voulaient juste s’amuser un peu avec eux. »[2]

 

De plus, aucun aménagement spécial n’est fait dans les prisons pour les détenus qui n’appartiennent pas au groupe des hommes majeurs, et qui représentent des minorités dans les prisons. En effet, les mineurs sont, par exemple, retenus et traités comme des adultes. Les bâtiments de prisons pour femmes au Liban ne répondent pas aux règles minima des Nations Unies, sans parler des infractions aux règles concernant le traitement des mineurs incarcérés (mauvaise climatisation, manque de moyens de se réchauffer en hiver, des fenêtres qui ne permettent pas l’entrée de la lumière du jour…). Les femmes mineures détenues dans la prison de Zahlé doivent même se cotiser entre elles pour payer l’approvisionnement en gaz pour cuisiner ! [3]

 

Parmi tous les autres problèmes auxquels nous devons faire face au Liban, celui des conditions de détention est l’un des plus urgents à traiter, vu le manque de respect flagrant des droits de l’Homme dans ce domaine. Ce traitement sauvage des Hommes doit absolument cesser, et ce le plus tôt possible.

 

  Karl Nohra

                                                                                                            Première année de droit

 

 

[1] Statistiques fournies par M.Khalil Gebara, conseiller du ministre de l’intérieur en 2014, lors d’une conférence conjointe USJ-UE.

[2] Les témoignages de Nabil et Carla, qui ont été détenus au Liban, sont extraits du site de l’ONG Human Rights Watch

[3] Informations tirées d’une étude réalisée par Dr. Rihab Hammoud-Itani en 2002-2003

 

La source de la photo : http://senego.com/wp-content/uploads/2014/09/prisons.jpeg

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