Atomisation subversive

 

On dit des coccinelles qu’elles sont bêtes à bon Dieu, qu’il ne faut les faire mourir. Les hommes d’Etat ont tendance à vouloir faire de leur immunité politique une immunité céleste aussi légitime que celle de ces coléoptères. Ils détiennent ledit pouvoir et courent après avec une endurance marathonienne. Si la question est « puis-je en donner plus? » en matière de course à pied, chez ces athlètes du politique, la formule est plutôt « puis-je en voler plus? »

Au but du fil, un trop plein de pécune. S’il n’a généralement pas d’odeur, aux échos du « pecunia non olet », il transpire de senteur dans notre petite République. Devenu la mouche de ces urinoirs publics, l’argent fait  loucher ces messieurs aux couleurs frivoles qui semblent oublier ce que leur grand-mère leur sermonnait quand pour rire ils regardaient trop leur nez.

Œil pour artifice et paillettes, la solidarité est laissée en marge, comme si démodée. Œil pour croissance et prospérité, travailleurs et environnement sont mis à l’écart des préoccupations aussi. Œil pour capital et succès, valorisation incessante de l’individualisme, la vulnérabilité vers laquelle on tend semble confirmer les dires de Tocqueville. N’ayant pour mesure que sa propre personne,  s’étant « émancipé » de la tutelle de tout ordre qui jusqu’alors fondait l’organisation sur une réalité transcendante, l’homme parait plus démuni et vulnérable que jamais: condamné à l’atomisation.[1] Cette dernière est le credo des politiques de notre petite République; diviser, polariser, fragmenter et dissoudre pour toujours mieux opprimer.

Aujourd’hui, il nous faut dépasser un système. Un système non seulement corrompu mais perverti par des pôles que lesdits chefs politiques se plaisent à trôner. Il nous faut un système qui attire vers le centre, une tendance centralisante qui permette d’éradiquer  et d’affaiblir cette polarisation vers laquelle le jeu politique tend, et tend toujours plus. Il nous faut un système dans lequel les citoyens soient reconnus sans discrimination, dans lequel le « statut » soit condamné. Un système dans lequel la Résistance puisse regagner son nom, où le potentiel de force social, la vie associative et les revendications sociales reprennent réellement vie. Où le clientélisme devient orphelin.

En dernière analyse, il nous faut oser parler, oser critiquer, dénoncer, rappeler et révoquer car le débat public a besoin d’être nourri et protégé de l’oubli.

Si la révolution fait référence au changement, au bouleversement important et brusque que peut connaître une nation, alors oui, peut être qu’aujourd’hui c’est de cela qu’on a besoin. Que l’indispensable ne soit pas freiné par une privation quelconque. « Dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes: cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire ‘Je n’y peux rien, je me débrouille’. »[2] Hessel, dans son manifeste, invite à l’indignation. Il incite les citoyens à trouver leur motif d’indignation et d’en faire leur bataille.

Dans notre petite République, pas besoin de chercher loin, retenons que l’indifférence tue, qu’il nous faut continuer la lutte et ne pas nous indigner car l’indignation, aux dires d’Hessel, est le ferment de la résistance.

 

                                                                                                Maryline El-Khoury

                                                                                                Deuxième année de   Sciences politiques

 

[1] Pr. Jean-Michel Besnier, « Tocqueville et les dangers de l’individualisme », cours de philosophie politique.

[2] Stephen Hessel, « Indignez-vous », Ceux qui marchent contre le vent, Montpellier, 2010, p.32.

 

Source: « Les salariés sacrifiés de l’économie sociale et solidaire », Union syndicale, département CGT,

http://usd87.reference-syndicale.fr, mai 2015.

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