Indépendance, oui mais…

L’indépendance, du moins au sens littéral du terme, le Liban l’a acquise en s’émancipant de la France il y a de cela plus de sept  décennies. Mais qu’avons-nous accompli depuis ? Indépendant, le Liban l’est a priori, dans la conscience commune.

 

Cependant, depuis de longues années, le pays se trouve de plus en plus tiraillé aussi bien sur la scène  locale entre les différentes forces politiques et communautaires que sur la scène internationale. Jusqu’à tout récemment, la situation semblait sans espoir : une vacance présidentielle prolongée, une crise de déchets sans précédent, une déferlante d’immigrants arrivée sur le sol libanais… On assistait à un gel des institutions, beaucoup de citoyens semblaient avoir perdu tout espoir en une réhabilitation du pays et l’élection d’un président a semblé raviver l’espoir d’un Liban meilleur, d’un Liban uni. Napoléon ne pouvait mieux le dire : « Un chef est un marchand d’espérance ». Un président a finalement été élu, oui. Mais à quel prix ? Une élection qui ressemble plus à une nomination tramée dans les coulisses est-elle un bon indicateur de démocratie ?

 

Si l’adoption d’un système démocratique n’est pas nécessaire à la consécration de l’indépendance, il n’en reste pas moins que la Constitution libanaise a adopté la démocratie pour régir ce pays d’où, démocratique, le Liban l’est a priori, dans la conscience commune. Puisque c’est de sa pleine volonté que l’Etat libanais a choisi d’élire son président de manière démocratique : alors pourquoi déformer une institution que le Liban a lui-même décidé d’adopter ?

 

liban

 

La fête de l’indépendance est sans conteste une source de réjouissance, mais elle devrait également être une source de remise en question, de prise de conscience. Le peuple se trouverait aujourd’hui quelque peu réuni, certes, mais ses valeurs semblent plus que jamais lacunaires. La Constitution, norme suprême, n’est jamais convenablement appliquée : il serait intéressant de s’attarder sur notre souveraineté.

 

L’arrivée d’un président à la tête de l’Etat est nécessaire à la souveraineté de ce dernier qui ne devrait connaitre, selon Carré de Malberg, aucune entrave ou subordination.

Jean Bodin établissait une équivalence entre souveraineté et indépendance absolue[1], l’une étant le corollaire de l’autre. La souveraineté est consacrée dès l’article premier de la Constitution. De même, il est prévu, dans le préambule, que « Le peuple est la source des pouvoirs et le détenteur de la souveraineté qu’il exerce à travers les institutions constitutionnelles. »[2]  On en vient alors à se demander si le peuple dispose effectivement de cette souveraineté, si sa voix est entendue voire s’il prend même la peine de l’émettre. Il est indéniable qu’il a été privé de son droit d’élire ses députés, mais il serait également intéressant de se demander si lors des prochaines élections législatives, il n’élira pas les mêmes députés dont il se plaint actuellement.

 

Ceci conduit également à se demander comment se peut-il que la population d’un pays en pleines élections présidentielles s’intéresse davantage aux élections présidentielles d’un autre pays, soit les Etats-Unis. Lors des élections présidentielles américaines, le monde entier semblait avoir les yeux rivés sur ses écrans, débattant et attendant avec appréhension les résultats. Au Liban, on assistait plutôt à un simulacre d’élection au résultat connu d’avance et aux déboires de la séance, tournée en dérision.

 

Ce désintérêt apparent des libanais pour le sort de leur pays, semble menacer de plus en plus son indépendance. Il faudrait revenir à la définition même de l’indépendance, qui impliquerait de n’être tributaire de personne, sous la subordination d’aucune entité, pour constater qu’indépendant, le Liban ne l’est pas réellement. Le sera-t-il jamais ?

 

                                                                                    Marianne Diab

                                                                                    Deuxième année de droit

 

[1] Jean Bodin, Les six livres de la République, 1576

[2] Préambule de la constitution libanaise, D.

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