Noces macabres

C’est une scène très paisible ; un mariage, une belle robe blanche, une décoration inspirée de contes de fées, des sourires, un costume-cravate, de jolies robes, la mariée avec son voile cachant son visage. On le voit à peine son visage. Elle avance vers l’autel, et tout d’un coup on aperçoit le visage du marié, il a l’air assez vieux, dans sa quarantaine peut être, il attend sa future épouse. Il s’agit certainement du plus beau jour de sa vie, épouser son grand amour ! Et tout d’un coup, le voile se lève, et l’on aperçoit… une fillette de 12 ans, effrayée, tremblante. Elle lance un regard craintif au marié qui la serre contre lui, elle a les larmes aux yeux, elle tient son doudou à la place du bouquet, elle le serre comme si sa vie en dépendait, elle ne veut pas lâcher prise, ne veut pas laisser tomber son enfance pour un mariage.

Cette scène est illustrée dans une vidéo  poignante publiée par l’UNICEF, le 8 mars 2016 à l’occasion de la journée mondiale des droits de la femme.

UN MARIAGE ? A 12 ANS ?

La réponse est malheureusement un oui. Elles ont moins de 18 ans et elles seront 15 millions à se retrouver mariées de force en 2016. Parmi les pays les plus touchés par ce fléau, l’Unicef inclut le Bangladesh, l’Inde et le Niger, où trois filles sur quatre sont mariées avant leurs 18 ans.

15 millions d’enfants qui seront privées d’éducation, de liberté et d’avenir.

Ces mariages précoces entrainent l’abandon de l’éducation, l’incapacité de contribuer aux prises de décision, le risque élevé de décès lors de l’accouchement, le risque d’attraper des maladies transmissibles sexuellement comme le SIDA, le risque de viol mais aussi de violence conjugale.

De petites filles témoignent : Samiha, 13 ans, fut mariée à un homme de 41 ans, « Le premier soir, quand je l’ai suivi dans la chambre j’étais terrorisée ».  Cette nuit-là, sans avoir jamais entendu parler de sexualité, elle est tombée enceinte. « Je suis malheureuse mais je dois accepter cette vie », explique la jeune fille âgée aujourd’hui de 15 ans et déjà deux fois maman. [i]

Le Liban n’échappe pas à ce triste phénomène. Le mariage précoce, existe  parmi la population locale (13 %) et réfugiée syrienne (22 à 24 %) [ii]

Ceci s’explique par le fait qu’au Liban, le statut personnel n’est pas unifié par de droit civil libanais, les 18 communautés reconnues au Liban n’ont pas de statuts unifiés et légifèrent à partir de leurs croyances. Or elles ne sont pas toutes du même avis : certaines communautés s’opposent au mariage précoce alors que d’autres ont fixé l’âge de nubilité des fillettes… à 9ans. L’homme religieux peut juger de l’aptitude d’une fillette à se marier ou pas simplement en examinant son corps. Ce phénomène s’épanouit surtout dans les régions les plus pauvres et les plus démunies au Liban : très souvent, les filles sont vendues à leur futurs époux qui sont très souvent beaucoup plus âgés qu’elles car les parents de ces victimes n’arrivent plus à subsidier aux besoins de leurs familles nombreuses.

Ces mariages sont célébrés à cause de la pauvreté, du manque d’éducation et de la persistance des coutumes religieuses archaïques.

Paradoxalement, l’Etat libanais est signataire de la Convention relative aux droits de l’enfant, mais il laisse faire…

Heureusement, les sauveurs de la société libanaise restent les organisations de défense des droits de la femme et des droits de l’enfant.

Comme le dit l’association libanaise « Kafa » dans sa vidéo[iii] sur le sujet : les fillettes n’ont même pas le droit de conduire ou de signer des papiers officiels, elles ne doivent pas veiller, ni regarder des films classés 18 ans et plus, mais ce qui leur arrive n’est-il pas pire que tout cela ?

Ces associations militent tous les jours et mènent un combat incessant pour instaurer des lois protégeant la femme libanaise des discriminations que lui infligent son pays, sa religion, son  mari et même sa propre famille. Le dernier exploit étant celui de l’organisation « Abaad » qui a pu, grâce à une énorme campagne[iv], rendre les chances d’annulation de l’article 522 du Code pénal libanais très sérieuses. Selon cet article, si l’auteur d’un viol épouse sa victime, il n’encourra aucune sanction.

En espérant, qu’un jour, la femme libanaise ait les mêmes droits face à toutes les religions et bien sur les mêmes droits et considérations que  l’homme, son égal.

 

Marianne Rahmé

Première année de Droit

 

[i]Le Liban prépare une loi  inédite au Moyen-Orient contre les mariages précoces, La Libération, 26-08-2014

[ii]Mariage précoce, des chiffres alarmants au sein des communautés locales et de réfugiés, Anne Marie El Hage, L’Orient Le Jour,

[iii]  Vidéo de la campagne de « Kafa » https://www.youtube.com/watch?v=J6q-FK8RWWM

[iv] Vidéo de la campagne de « Abaad » https://www.youtube.com/watch?v=a-gKu9yw6eI&feature=youtu.be

Source de la photo:  vidéo de la campagne choc de l’unicef contre les mariages précoces

 

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