Droit et mathématiques, une dyade originelle

Des mathématiques en droit, quoi de plus immanquable à la formation d’un juriste et quoi de plus chimérique pour un commentateur non instruit. Science de l’argumentation par excellence et loin d’être celle d’un cumul passif de connaissances, le droit représente, sans la moindre équivoque, le terrain le plus fertile à l’application du raisonnement mathématique.

Procédons par un examen matériel des conditions essentielles de la réussite en droit : objectivité, rigueur, systématisation, qualification, application pertinente des théories en question, appel à la logique, précision, analyse et synthèse. Un juriste fait appel à l’abstraction qui, conjuguée avec le bon sens, la pertinence et la lucidité de son esprit, donne naissance à un succès fructueux triomphant face aux cas les plus compliqués qui lui seraient soumis un jour ou un autre. Etrange coïncidence avec les qualités substantielles d’un mathématicien ? Pas vraiment.

A très bien dit l’illustre géomètre Lacroix :  » Le goût de l’exactitude, l’impossibilité de se contenter de notions vagues, de s’attacher à des hypothèses, quelque séduisantes qu’elles soient, le besoin d’apercevoir clairement la liaison des propositions et le but où elles tendent sont les fruits les plus précieux de l’étude des mathématiques. Elle ne sert pas seulement à rectifier l’esprit, elle l’étend encore, en multiplie les faces ; elle forme une logique plus exacte, plus rigoureuse, en habituant pour tout à la précision du calcul. » Bien qu’un flair de justice, qu’un sentiment intuitif et qu’un sens d’équité orbitent dans le champ juridique régissant la vie sociale des êtres humains, la logique brute ne s’y dissocie guère, et une harmonie quelque peu notable demeure entre les différentes approches de cette notion.

L’auteur Louis Moreau de Bellaing a procédé, dans son ouvrage Logique intellectuelle, logique empirique, logique scientifique, par aborder le rapport entre logique intellectuelle et la logique empirique, puis l’analyse du « fonctionnement » de la logique intellectuelle avec très peu de logique empirique, pour en venir enfin à la logique scientifique. Il a essayé de faire apparaître, autant que possible, dans les formes de la logique ses importantes caractéristiques : causale, dialectique, inconsciente. Notions et caractéristiques bien familières au sein du droit et des mathématiques, non? De fait, la logique empirique qui s’incorpore principalement en vie de société ainsi qu’en sciences humaines et sociales est loin d’être purement stricte. En reprenant les termes de Bellaing, « Il paraît difficile d’imaginer une logique empirique qui ne s’intellectualise pas quelque peu, surtout dans la recherche scientifique », d’où dans la découverte de la vérité qui exige parfois un appel à l’inconscient des phénomènes.

La causalité, quant à elle, lorsqu’elle est mise en jeu, exige une intervention indispensable de la logique intellectuelle et de la logique scientifique. Et même loin de ces approfondissements conceptuels, la complémentarité incontestable entre ces deux disciplines s’avère bien plus explicite dans maintes circonstances. Combien d’échecs en droit ont été le malheureux résultat d’un défaut de discernement entre un « et » et un « ou » ? Ne se ramènent-ils pas en effet à une formation lacunaire dans l’application de la « théorie des ensembles » en algèbre relationnelle ? Combien d’erreurs ont été commises dans l’élaboration de plans juridiques et dans un défaut de souplesse et de finesse dans la synthèse de toutes les informations acquises ? Et encore loin d’évoquer les lacunes d’une formation exempte de mathématiques, ne pourrons-nous pas vraiment assimiler les notions juridiques aux notions analytiques ? Les principes, exceptions au principe et exceptions aux exceptions ne seraient-ce quelque part assimilés au même raisonnement de la « logique des propositions » ?

Les exemples et les analogies sont tout simplement non limitatifs et même impossibles à être complètement traités, et ceci par le biais de cette dyade originelle existante entre les deux domaines qui, dans leur essence conceptuelle pure, ne font qu’un. En somme, des cours de mathématiques basiques sont nécessaires en formation de juriste, des cours essentiels et structurels présentent une importance égale pour ne pas dire supérieure aux matières juridiques requises.

Cela sans doute s’établit suite à une étude pédagogique bien pertinente loin de transformer la licence en droit en une licence en mathématiques, mais exigeant encore et simultanément ce minimum nécessaire.

 

Gaella Attieh

Etudiante en 2eme année de droit

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